« Ma chère Suzanne,
Penser à toi m'aide chaque jour un peu plus.
J'ai dans ma mémoire, graver en détails, ton visage si doux...
Tu es le contraire exact de ma vie actuelle.
Toi, belle, joyeuse, aimant le goût de la vie,
Moi, détestable honteux, triste...
En fermant les yeux je peux te voir courir devant moi, me narguant comme tu aimais le faire si bien, avec ta petite robe d'été jouant avec le vent.
Je me plonge encore plus dans ses souvenirs et là je peux sentir ton parfum fleuri qui me caresse et me chatouille les narines.
Encore un peu... et je peux toucher ta peau douce, et blanche.
C'était avant tout ça...
Il n'y avait pas d'Hitler, pas d'invasion, pas de sang, pas de peur.
Nous vivions heureux...
Cela me fait penser à des siècles en arrière et pourtant c'était il y a deux ans...
Rappelle- toi...
Si tu savais comme j'angoissais, ce jour était le plus important de toute ma vie.
Un tournant dans notre vie.
Moi je restais travailler dans les champs
Toi tu partais pour Paris où tu allais réaliser ton rêve... danser.
Aussi loin que je me souvienne, tu as toujours esquissé des pas de danse.
Dans la rue, dans les magasins, dans le café de Madame « Pimbêche »...
Madame « Pimbêche », tu t'en rappelles ?
Quelle femme « charmante »... je rigole bien sûr. Cette femme était l'un des êtres les plus ignobles de notre enfance... un véritable monstre... avec sa tête en forme de chou et son gros bouton, tout poilus sur le nez...
Je ne l'ai jamais vu sourire, sauf une fois, à l'enterrement de son mari. Je crois que pour lui ce fut une délivrance...
Tu avais tellement peur d'elle au début que je t'avais fait croire que face à elle il fallait toujours sourire, chanter, rigoler et danser. Un méchant sortilège l'avait envoûtée et lui donnait son apparente laideur... et seule la joie pouvait lui faire revenir sa beauté et sa fraîcheur...
Je crois bien qu'elle ne nous appréciait pas beaucoup.
Tes parents t'avaient avertie que cela allait être dur pour toi de partir loin de nous. Et à 16 ans, ils s'inquiétaient de te savoir seule dans la capitale, sans personne à qui parler, sans un logement et de quoi te nourrir. Et... moi aussi.
Le moment le pus douloureux ?
Notre séparation.
Te voir partir loin de moi a été un déchirement. Oui je sais que tu dois lever les yeux au ciel, en secouant la tête, en lisant cette phrase, mais tu sais bien que celui qui aime le plus dans notre couple c'est moi...
À travers tes lettres, tu m'as rassuré.
Tu sais je les ai toutes gardées. Elles sont dans le tiroir de mon bureau dans ma chambre. Elles sont usées, je les ai lues et relues... je les connais par c½ur.
Tu me disais, si je me souviens bien...
« Mon chéri, je suis si heureuse. Mon rêve devient réalité. J'ai été reçue dans un cabaret. Les auditions furent dures mais j'ai tenu bon.
J'ai réussi !
Tu es maintenant le petit ami d'une future danseuse étoile.
Je ne danse que dix minutes dans le spectacle mais je suis dans la troupe et c'est-ce qui compte.
Tu me manques... »
Si tu savais comme je suis fier de toi. Tu as su gravir les échelons un à un et tu es arrivée à la plus haute marche... en m'emmenant avec toi.
Comme tu le dis si bien...
Ce n'est pas toi, ce n'est pas moi. C'est Nous.
Les mois se sont écoulés et notre amour s'est renforcé.
Pourtant on dit souvent que l'éloignement peut détruire un couple.
Pour nous, la distance a fait notre force. Étrangement nous nous sommes rapprochés.
Les choses auraient-elles été différentes, si nous étions restés dans notre petit village ?
Je pense oui.
Car à travers nos lettres nous avons appris à nous connaître, à nous reconnaître.
Nous nous sommes dévoilés, mis à nu.
Je t'ai tout dit.
Je me suis ouvert à toi.
Et toi tu m'as tout donné. M'offrant sur un plateau ta confiance, ton amour, ta vie.
M'aurais-tu dévoilé tes plus grandes peurs en me regardant dans les yeux ?
Non je ne pense pas.
L'écriture n'a pas de barrière. Elle n'exprime pas la honte et délivre nos pensées les plus enfouies.
Je t'es avoué mes plus intimes secrets.
Je t'ai raconté ma vie sans toi et mon futur à tes côtés.
Je t'ai plongé dans mes rêves et mes cauchemars.
Et aujourd'hui encore je me risque à tout te dire.
Mais ne parlons pas d'horreur aujourd'hui.
J'ai besoin de respirer ta présence et ta joie de vivre.
J'ai besoin de me souvenir...
Ce jour où tout a changé...
Ou ta vie et la mienne sont devenues « nôtre ».
Tu t'en rappelles ?
J'ai l'impression de l'avoir vécu hier...
Cela faisait six mois que tu étais partie à l'aventure.
Six mois où nous avons correspondu par lettres tous les jours.
Ce moment je l'avais attendu, réfléchis, poser sur un papier
Si tu savais... j'étais terrorisé.
Nos retrouvailles seront gravées dans ma mémoire à jamais.
Pendant un court séjour à tes côtés je n'avais eu de cesse de te regarder, te toucher, t'entendre rire, t'écouter parler.
Je n'avais pas cligné des yeux de peur d'en manquer une seconde.
Je voulais que ce soit magique,
Il n'y aura qu'un moment comme celui-ci dans notre vie
Je voulais un endroit romantique,
Il y en a tellement à Paris
Je voulais voir les étoiles dans tes yeux,
Il n'y a qu'un seul endroit pour moi...
Je voulais te le demander face à face,
Mais je me suis tourné vers la vue que nous offrait Montmartre
Je voulais te citer mon poème,
Il n'y eut que des mots décousus
Je voulais te transmettre mon assurance,
C'est toi qui m'as rassuré.
Je voulais te dire je t'aime,
C'est toi qui m'as devancé.
Je voulais te demander ta main,
C'est toi qui me l'a prise, mon c½ur avec...
Je voulais que ce soit magique
Et ça l'a été...
Une nuit magnifique,
Où nous nous sommes fiancés
Liés pour l'éternité.
Penser à toi m'aide chaque jour un peu plus.
J'ai dans ma mémoire, graver en détails, ton visage si doux...
Tu es le contraire exact de ma vie actuelle.
Toi, belle, joyeuse, aimant le goût de la vie,
Moi, détestable honteux, triste...
En fermant les yeux je peux te voir courir devant moi, me narguant comme tu aimais le faire si bien, avec ta petite robe d'été jouant avec le vent.
Je me plonge encore plus dans ses souvenirs et là je peux sentir ton parfum fleuri qui me caresse et me chatouille les narines.
Encore un peu... et je peux toucher ta peau douce, et blanche.
C'était avant tout ça...
Il n'y avait pas d'Hitler, pas d'invasion, pas de sang, pas de peur.
Nous vivions heureux...
Cela me fait penser à des siècles en arrière et pourtant c'était il y a deux ans...
Rappelle- toi...
Si tu savais comme j'angoissais, ce jour était le plus important de toute ma vie.
Un tournant dans notre vie.
Moi je restais travailler dans les champs
Toi tu partais pour Paris où tu allais réaliser ton rêve... danser.
Aussi loin que je me souvienne, tu as toujours esquissé des pas de danse.
Dans la rue, dans les magasins, dans le café de Madame « Pimbêche »...
Madame « Pimbêche », tu t'en rappelles ?
Quelle femme « charmante »... je rigole bien sûr. Cette femme était l'un des êtres les plus ignobles de notre enfance... un véritable monstre... avec sa tête en forme de chou et son gros bouton, tout poilus sur le nez...
Je ne l'ai jamais vu sourire, sauf une fois, à l'enterrement de son mari. Je crois que pour lui ce fut une délivrance...
Tu avais tellement peur d'elle au début que je t'avais fait croire que face à elle il fallait toujours sourire, chanter, rigoler et danser. Un méchant sortilège l'avait envoûtée et lui donnait son apparente laideur... et seule la joie pouvait lui faire revenir sa beauté et sa fraîcheur...
Je crois bien qu'elle ne nous appréciait pas beaucoup.
Tes parents t'avaient avertie que cela allait être dur pour toi de partir loin de nous. Et à 16 ans, ils s'inquiétaient de te savoir seule dans la capitale, sans personne à qui parler, sans un logement et de quoi te nourrir. Et... moi aussi.
Le moment le pus douloureux ?
Notre séparation.
Te voir partir loin de moi a été un déchirement. Oui je sais que tu dois lever les yeux au ciel, en secouant la tête, en lisant cette phrase, mais tu sais bien que celui qui aime le plus dans notre couple c'est moi...
À travers tes lettres, tu m'as rassuré.
Tu sais je les ai toutes gardées. Elles sont dans le tiroir de mon bureau dans ma chambre. Elles sont usées, je les ai lues et relues... je les connais par c½ur.
Tu me disais, si je me souviens bien...
« Mon chéri, je suis si heureuse. Mon rêve devient réalité. J'ai été reçue dans un cabaret. Les auditions furent dures mais j'ai tenu bon.
J'ai réussi !
Tu es maintenant le petit ami d'une future danseuse étoile.
Je ne danse que dix minutes dans le spectacle mais je suis dans la troupe et c'est-ce qui compte.
Tu me manques... »
Si tu savais comme je suis fier de toi. Tu as su gravir les échelons un à un et tu es arrivée à la plus haute marche... en m'emmenant avec toi.
Comme tu le dis si bien...
Ce n'est pas toi, ce n'est pas moi. C'est Nous.
Les mois se sont écoulés et notre amour s'est renforcé.
Pourtant on dit souvent que l'éloignement peut détruire un couple.
Pour nous, la distance a fait notre force. Étrangement nous nous sommes rapprochés.
Les choses auraient-elles été différentes, si nous étions restés dans notre petit village ?
Je pense oui.
Car à travers nos lettres nous avons appris à nous connaître, à nous reconnaître.
Nous nous sommes dévoilés, mis à nu.
Je t'ai tout dit.
Je me suis ouvert à toi.
Et toi tu m'as tout donné. M'offrant sur un plateau ta confiance, ton amour, ta vie.
M'aurais-tu dévoilé tes plus grandes peurs en me regardant dans les yeux ?
Non je ne pense pas.
L'écriture n'a pas de barrière. Elle n'exprime pas la honte et délivre nos pensées les plus enfouies.
Je t'es avoué mes plus intimes secrets.
Je t'ai raconté ma vie sans toi et mon futur à tes côtés.
Je t'ai plongé dans mes rêves et mes cauchemars.
Et aujourd'hui encore je me risque à tout te dire.
Mais ne parlons pas d'horreur aujourd'hui.
J'ai besoin de respirer ta présence et ta joie de vivre.
J'ai besoin de me souvenir...
Ce jour où tout a changé...
Ou ta vie et la mienne sont devenues « nôtre ».
Tu t'en rappelles ?
J'ai l'impression de l'avoir vécu hier...
Cela faisait six mois que tu étais partie à l'aventure.
Six mois où nous avons correspondu par lettres tous les jours.
Ce moment je l'avais attendu, réfléchis, poser sur un papier
Si tu savais... j'étais terrorisé.
Nos retrouvailles seront gravées dans ma mémoire à jamais.
Pendant un court séjour à tes côtés je n'avais eu de cesse de te regarder, te toucher, t'entendre rire, t'écouter parler.
Je n'avais pas cligné des yeux de peur d'en manquer une seconde.
Je voulais que ce soit magique,
Il n'y aura qu'un moment comme celui-ci dans notre vie
Je voulais un endroit romantique,
Il y en a tellement à Paris
Je voulais voir les étoiles dans tes yeux,
Il n'y a qu'un seul endroit pour moi...
Je voulais te le demander face à face,
Mais je me suis tourné vers la vue que nous offrait Montmartre
Je voulais te citer mon poème,
Il n'y eut que des mots décousus
Je voulais te transmettre mon assurance,
C'est toi qui m'as rassuré.
Je voulais te dire je t'aime,
C'est toi qui m'as devancé.
Je voulais te demander ta main,
C'est toi qui me l'a prise, mon c½ur avec...
Je voulais que ce soit magique
Et ça l'a été...
Une nuit magnifique,
Où nous nous sommes fiancés
Liés pour l'éternité.
Roger...
_ _ _
Angie replia la lettre collée dans le journal et s'appuya contre le fauteuil qu'elle n'avait pas quitté depuis le début de sa lecture.
Plonger dans le passé de cette femme la bouleversait, se rendant compte, que sa vie n'avait pas été facile. La jeune fille mourait d'envie de lire la suite, sa curiosité réveillée par ces quelques pages. Mais l'obscurité s'installait de plus en plus et il lui était impossible désormais de voir la moindre trace d'encre sans s'abîmer les yeux.
Lentement elle déplia ses jambes endolories, se leva et s'étira de tout son long. Elle reposa le journal dans la malle à sa place initiale et quitta le grenier en se promettant de revenir dès le lever du jour.
Une longue nuit l'attendait. Avec une question...
Qu'était-il arrivé à Roger et à Suzanne ?
Plonger dans le passé de cette femme la bouleversait, se rendant compte, que sa vie n'avait pas été facile. La jeune fille mourait d'envie de lire la suite, sa curiosité réveillée par ces quelques pages. Mais l'obscurité s'installait de plus en plus et il lui était impossible désormais de voir la moindre trace d'encre sans s'abîmer les yeux.
Lentement elle déplia ses jambes endolories, se leva et s'étira de tout son long. Elle reposa le journal dans la malle à sa place initiale et quitta le grenier en se promettant de revenir dès le lever du jour.
Une longue nuit l'attendait. Avec une question...
Qu'était-il arrivé à Roger et à Suzanne ?
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Un début difficile dans ce chapitre, avec une lettre des plus torturées. Je pense que la réalité devait être aussi cruelle si ce n'est plus. Ne souhaitant pas orienter mon histoire vers le morbide, je l'ai donc allégé.
La fin est plus légère, nous voilà de retour en 1980 avec notre petit Angie... mais très vite nous la quitterons de nouveau pour retourner dans le passé de Suzanne...
La photo inachevée c'est une peinture de mon père...
Elle n'est pas terminée mais je trouve qu'il dégage déjà quelque chose de très beau.
Peut-être qu'un jour je pourrai la remplacer par l'original achevé
Un début difficile dans ce chapitre, avec une lettre des plus torturées. Je pense que la réalité devait être aussi cruelle si ce n'est plus. Ne souhaitant pas orienter mon histoire vers le morbide, je l'ai donc allégé.
La fin est plus légère, nous voilà de retour en 1980 avec notre petit Angie... mais très vite nous la quitterons de nouveau pour retourner dans le passé de Suzanne...
La photo inachevée c'est une peinture de mon père...
Elle n'est pas terminée mais je trouve qu'il dégage déjà quelque chose de très beau.
Peut-être qu'un jour je pourrai la remplacer par l'original achevé
Juju
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