Chapitre 3 : Dans les nerfs de la guerre

Chapitre 3 : Dans les nerfs de la guerre
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« Grève générale à Amsterdam contre la première déportation des Juifs. »
« La Hongrie signe un traité d'amitié éternelle avec la Yougoslavie à Belgrade »
« Mort à Rome en exil du roi Alphonse XIII d'Espagne. Son fils Jean devient prétendant au trône »

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Seul moment d'évasion dans cet univers sinistre.
Seul endroit plein de couleurs face au noir de mes journées.
Je m'y réfugiais au moindre instant de calme et de solitude. Recherchant cet apaisement pendant quelques heures.,mon esprit moins torturé, je m'y perdais.
Une sorte de fuite ? Oui, c'est vrai.
Je fuyais ce pays en guerre, et mon angoisse perpétuelle. J'abandonnais pour quelques instants la froideur de ma vie, la faim qui me tiraillait. Je vivais à travers mes rêves, mon imagination, inventant un avenir utopique, où tout était beau et rose. Un endroit plein de poésies.
Peut-être est-ce trop caricaturé ? Oui peut-être. Mais je le souhaitais tellement.

Un monde où les enfants n'ont plus peur, ou les adultes sont libres de penser.
Un monde où la faim n'existe pas, où la guerre n'a jamais eu lieu.
Un monde qui respire le bonheur, l'envie de vivre. Où les habitants de tous les pays vivent en harmonie.
Un monde où il n'y a ni destruction, ni de violence.

Doucement je m'évadais vers un lieu plus clément, rêvant de ces champs de blé où je ne vais plus, de mon ami Roger parti, lui aussi, comme bon nombre d'hommes, guerroyer.
Roger... depuis qu'ils sont arrivés dans notre capitale, je n'ai plus eu de ses nouvelles.
Était-il mort ?
Je préférais ne pas y penser, pour ne pas sombrer en espérant qu'il se portait bien.
Pourtant je me réjouissais dans un sens de ne plus recevoir ses lettres. Cela peut paraître égoïste de ma part, grâce à elles je savais que mon ami était vivant. Mais il avait décidé de me dévoiler ses pensées les plus macabres. Devenant sa confidente, il détaillait ce qu'il voyait... ce qu'il ressentait...

_ _ _

« Ma Suzanne :

Tant d'horreur s'offre à mes yeux. Cela fait maintenant six mois que je suis parti, m'éloignant de mes proches, pour anéantir l'ennemi.
Plein d'espoir et de bravoure. Une fierté de revêtir les couleurs de notre pays. La tête haute face aux enfants et aux femmes croisés sur le chemin nous menant tout droit à notre victoire certaine.
Notre cimetière aurait été le mot juste.
Là-bas... quelle folie...
Une véritable boucherie.
Je me souviendrai toute ma vie de mon premier combat.
Transpiration, souffle saccadé, regard qui ne cesse de bouger, tremblement... j'étais... paniqué.
Je ne savais plus où je me trouvais, mon nom et ma vie s'étaient effacés de ma mémoire.
Un seul mot résonnait dans ma cervelle : peur

Ma Suzanne je souhaite de tout mon c½ur que tu n'éprouves jamais ce sentiment.
On peut faire des choses tellement horribles quand on est terrorisé.
Pardonne moi... mais j'ai tellement honte.

Pendant cette bataille, je me suis caché.

Les balles fusaient autour de moi.
Des hommes tombaient à terre, certains n'étaient même pas encore morts. Ils hurlaient de douleur se tenant un membre déchiqueté par un impact. Appelant leur mère de tout leur c½ur. Pleurant, terrorisés par leur mort proche.

Je... j'ai... j'ai besoin de te dire ce que j'ai fait Suzanne. Qu'importe si tu es dégoûtée de ce que je suis devenu en cet instant... mon premier jour de guerre.
Mais j'ai besoin de me délivrer de ce poids... de ma lâcheté.

Je savais qu'il fallait trouver une solution. Sinon j'allais y passer ou revenir estropié. Et ça crois- moi... jamais.
Un homme est mort devant moi, une balle lui a traversé la tête. Mort sur le coup.
Je ne sais pas pourquoi j'ai fait ça mais...
J'ai pris son corps et m'en suis servi de protection.
Et là sous ce cadavre, j'ai attendu. Pleurant en silence... ravalant ma fierté, me dégoûtant de ma lâcheté.
En une bataille je me suis anéanti tout seul. Je me suis senti si misérable
Oh ma Suzie, comment pourrai-je de nouveau me regarder dans une glace.

Depuis ce jour je ne laisse plus aucune occasion m'échapper.
Je me porte volontaire pour des commandos suicides.

Ne t'angoisse pas ma Suzanne.
Ce jour-là, j'ai perdu ma vie et mon âme. Rien ne sera pire que ce corps sans vie sur moi.
Si je meurs... j'essayerai d'avoir la tête haute.
Réparer mon erreur et sauver ma patrie. Voilà tout ce qui m'importe.
Toi seule connais ma faiblesse.
Toi seule pouvais l'entendre.

Je t'adore ma p'tite Suzie.
Fasse qu'un jour tout ça ne soit plus qu'un rêve, que je puisse à nouveau te serrer dans mes bras.

Ton ami Roger.

_ _ _

Cette lettre a été la première d'une correspondance décousue.
Je lui en envoyais régulièrement pour lui donner le courage d'avancer. Ne sachant jamais si elles arriveraient à bon port dans les mains de mon ami.
Non je ne pensais pas souvent à lui, de peur de m'effondrer, de réaliser qu'il s'était peut-être éteint...
Cela faisait maintenant huit mois que je n'ai plus de nouvelles...
Les cauchemars je les faisait au levé du soleil, celui-ci me rappellant inexorablement à lui.

La sirène

Signal perçant la nuit noir, Une attaque aérienne était sur le point de débuter.
Réveil en sursaut ; mouvements mécaniques... un rituel installé depuis deux ans.
Se lever ; s'habiller rapidement ; chaussures et manteau enfilé n'importe comment ; sac avec mes papiers, un encrier, une plume, mon journal et mes clefs ; sortie précipitée de mon appartement et descente des escaliers en colimaçon, suivie de près par les autres locataires. Et là dans la cave de mon immeuble je m'assayais sur une cagette et attendais, la trouille au ventre, la deuxième sirène.
Fin des hostilités...

Je me souviens de mon premier raide...
« En plein jour... Ils venaient d'entrer dans notre pays. Je me trouvais au Cabaret, échauffant mes muscles endormis. Le soleil venait de se lever...
En une seconde, les sirènes de tout Paris retentissaient nous faisant sursauter... Le c½ur battant la chamade. Nos regards étaient paniqués, désorientés..., statiques. Nos corps refusaient de bouger comme paralysés.Peur ; angoisse ; sueur froide ; tremblements. Les questions se bousculaient dans ma tête.
Pourquoi ?
Que se passait-il ?
Que devions nous faire ?
Un seul appel au secours raisonnait dans ma tête... MAMAN !
Une porte qui claqua...

" Dépêchez-vous ! Il faut descendre dans la cave !"

Comme un électrochoc, cette phrase nous sorti de notre mutisme. Je me mis à courir... la respiration saccadée...
Les premiers bombardements s'entendaient au loin. La panique me prennais à la gorge, les larmes me montaient aux yeux.

* Mon dieu ! Mon dieu ! *


Je suivais tout le monde sans comprendre où j'allais, un peu comme une bête traquée, aveuglée par la peur. Des cris de l'extérieur me vennaient aux oreilles, alors que nous nous réfugions dans la pièce du sous-sol servant de réserve.
Je me recroquevillais dans un coin, les genoux repliés contre mon corps ; mes bras les encerclant ; le front collé contre mes genoux ; me balançant d'avant en arrière ; attendant que ça passe. Personnes ne parlait, tous écoutaient, attentifs à chaque bruit nous entourant.
Pendant deux jours et deux longues nuits dans le noir, pour éviter d'être pris pour cible, j'ai attendu que ça passe. »


Depuis ce jour les bombardements se font régulièrement, entrant dans notre quotidien, s'immisçant dans mes nuits. Je ne comptais plus les heures passées dans ce sous-sol humide et froid.
Avant cette guerre je n'y avais jamais mis les pieds, je ne savais même pas qu'il en existait un. Et dans cette pièce sombre, lorsque je relèvais la tête de mon journal, j'aperçevais les mêmes regards. Mélange de peur, tristesse, fatigue et lassitude.
Quand pourrons-nous de nouveau être en sécurité ?
Avant... les bombes venaient des avions Allemands. Visant les usines, les hangars, les lieux stratégiques de l'armée française. Souvent les bâtiments pris pour cible étaient évités et l'arme de guerre choisissait un impact beaucoup plus terrible : les écoles, construites à côté.
Miraculeusement, à l'heure où j'écris ces lignes, aucune victime n'a été faite. Attaquant de nuit, les locaux étant déserts, les enfants rentrés chez eux pour la nuit.
Depuis quelques mois maintenant les Alliers ont pris le relais, canonnant les endroits où se trouvaient nos ennemis. Un étrange sentiment me prennait en pensant que des Français appuient sur des boutons de largages à chaque explosion. Détruisant leur terre...

Et moi dans mon coin, j'attendais...


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Voilà donc la suite attendu par beaucoup d'entre vous...
J'espère qu'elle vous a plus. c'est vrai que c'est un peu noir... mais la guerre n'est jamais rose, et mes personnages doivent en passer par là.

Une petite information au passage concernant les phrases entre les "o0o0o0o0o0o0o0o0o0o"
Ceux sont des titres de journaux, inventé par moi-même. Ils servent à comprendre où en est la guerre au moment ou elle écrits cette page...

juju

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Photo : de moi

# Posté le mercredi 20 février 2008 07:43

Modifié le lundi 31 août 2009 05:59