Prologue : conflit et tasse de thé

 Prologue : conflit et tasse de thé
Samedi 25 octobre 1980 :

« Angie, allez ! Descends ! Tu vas être en retard.
- Nonnn ! Mais maman, j'veux pas y aller ! Tu sais que j'l'aime pas !
- Angie tu te dépêches maintenant ! Ne m'oblige pas à monter !

Angie, qui était le surnom d'Angéla, poussa un long soupir. Elle savait que la bataille venait d'être perdue lamentablement, comme tous les ans à cette date. Elle descendit les marches de l'escalier d'un pas lourd signifiant ses reproches et son mécontentement.

- Oh ! un troupeau d'éléphant vient d'apparaître dans mon salon !
- Ah ! Ah ! Ah ! Très drôle je suis morte de rire là !

Angie dépassa sa mère ; elle prit sa veste en jean pour la mettre sur ses épaules et ouvrit la porte d'entrée.

- Et mon bisou !
- Ça va maman j'suis plus une gamine.
- Qu'importe jeune fille, même quand tu seras devenue mère à ton tour j'exigerai mon bisou avant de partir.

Levant les yeux au ciel Angie rebroussa chemin et vint plaquer sa bouche sur la joue de sa mère, puis lui donna un coup de langue en guise de baiser.

- Voilà, satisfaite ? dit-elle dans un sourire.
- Merci de ce débordement d'amour » dit sa mère en s'essuyant la joue.

Angie lui fit un petit signe de la main et ferma la porte de la maison.
Se tournant vers l'extérieur elle marcha vers la voiture de son père qu'il avait démarrée pour avoir l'habitacle chauffé.
Dans un soupir elle murmura « en route pour l'enfer » .

_ _ _


La nuit venait de tomber. Après deux heures de route sur des chemins sinueux, la voiture s'immobilisa devant une vieille maison chargée d'histoire.
Angie regarda par la fenêtre cette bâtisse rongée par le temps, alors qu'une pluie fine venait caresser la vitre du côté passager, laissant des gouttes d'eau tracer des sillons sur leurs passages.
Le temps était comme l'état d'âme d'Angie... Morose.

« Allez ma chérie prends ta valise et va sur le perron. Elle doit être là il y a de la lumière.

* malheureusement *

- Tu ne viens pas ?
-Non, je dois me lever tôt demain. Tu sais et tu la connais, elle ne me laisserait pas entrer à la maison sans m'avoir fait à manger... je n'ai vraiment pas le temps. Dis lui que je passerai le week-end prochain. Ne m'en veux pas.
- Ouai, mais c'est pas toi qui te la coltine pendant deux semaines...

Son père soupira et baissa les yeux en secouant la tête de gauche à droite.

- Allez jeune fille, hop ! Descends ! on se revoit dans quelques jours. Sois gentille avec elle et ne sois pas impolie, sois serviable et souriante comme tu sais si bien le faire...
- Ça va ? T'as pas autre chose à me dire ? Non mais sinon je vais faire une liste ! »

Son père lui sourit et lui fit un bisou dans les cheveux, puis Angie attrapa sa valise sur le siège arrière et ouvrit la portière.
Un dernier regard à son père et elle ferma la porte pour courir jusqu'au perron essayant d'éviter le crachin qui s'était abattu sur le village.
Elle entendit la voiture de son père démarrer et laissa son regard se perdre sur les deux phares arrières rouges qui s'éloignaient.

L'avancée du toit l'empêchait d'être mouillée et elle retardait le moment de la confrontation.
Autour d'elle, un paysage dévasté. Aussi loin qu'elle s'en souvienne, elle en avait toujours eu peur ; froid, humide, noir, voilà à peu près le côté visuel de ce lieu : morbide
Angie se tourna vers la porte et leva la tête ; devant elle la demeure de la sorcière se dressait droite et fière. Oh ! Non ! Ce n'était pas réellement un lieu de sorcellerie voué au culte de la magie noire, mais les volets à moitié défaits de leurs socles, les ronces envahissant les murs et les peintures écaillées et défraîchies donnaient un aspect sinistre qui lui provoquait la chair de poule.
Le vent venait de se lever, amenant avec lui la fraîcheur de la nuit.
Lentement, Angie approcha sa main de la porte et hésitant encore quelques secondes, elle y donna trois coups rapides avec l'infime espoir qu'elle n'ait pas entendu ces quelques bruits... Une excuse pour s'enfuir à toutes jambes de ce lieu qu'elle haïssait ; mais rapidement un bruit de verrou se fit entendre, puis un rai de lumière...

« Angéla !
- Bonsoir grand-mère. »

_ _ _


Dans un petit salon du rez-de-chaussée. Sur un canapé moelleux, Angie attendait le retour de sa grand-mère, alors q'un feu crépitait dans la cheminée ; dont le foyer était tellement grand que l'on pouvait même s'asseoir à l'intérieur pour se réchauffer lors des longues soirées d'hiver.
Quelques épluchures de mandarine brûlaient dans l'âtre et embaumaient la pièce d'une délicieuse odeur ; mais Angie, elle, ne prêtait pas attention à tout ça ; à ses yeux cela signifiait une certaine richesse excessive, un trop plein de gourmandise, et elle en avait la nausée.
Des tapis moelleux s'étalaient ça et là, tous plus chargés en couleur et chacun essayant d'être plus fournis que son voisin. Une horreur ! Les meubles étaient anciens, en bois brut : Des commodes, des étagères remplies de bouquins, sans doute le seul point positif dans cette pièce.
Car Angie aimait lire, elle était avide d'histoires d'amour, de romans policiers ou encore de fantastique ; mais ce qu'elle aimait plus que tout c'était les autobiographies d'inconnus, leur histoire, leur vécu, cela la passionnait. Et dans la bibliothèque de sa grand-mère il y en avait pas mal. Alors très souvent dans la nuit, pendant que son aïeule dormait, elle descendait prendre un ouvrage aux reliures dorées, et commençait à le dévorer dans son lit bien chaud.
Tout l'éc½urait dans cette pièce trop chargée et la chaleur étouffante de la cheminée n'arrangeait rien. Commençant à avoir des bouffées de chaleur, elle enleva son gros pull à col roulé.

« Voilà, voilà ! Un thé bien chaud. »

Angie se redressa immédiatement sur son fauteuil, tandis qu'elle était de retour.
La « dragonne » s'assit bien droite sur sa chaise et commença à servir le liquide doré par quelques feuilles venant d'un quelconque arbuste asiatique.
Angie en profita pour l'observer un peu...
Sa grand-mère était de taille moyenne, les cheveux d'un blanc pur, pas jaunis comme certaines personnes âgées, et les yeux bleus. Elle avait un joli visage, un peu marqué par le temps, quelques rides dessinées aux coins des yeux et de la bouche.
Son corps était maigre mais elle n'avait jamais été quelqu'un d'imposant. Ce qui frappait le plus dans son expression, c'était son regard perçant et perspicace.
Son apparence démontrait une certaine assurance dans ses gestes, ses dires et ses actes.
Un sang-froid à toute épreuve... elle n'avait jamais montré le moindre signe de faiblesse ni de nervosité.
Petite, Angie pensait qu'elle était une statue, ses émotions cachées dans une sorte de carapace ; elle ne l'avait jamais vu rire aux éclats, ni se mettre réellement en colère.
Alors pourquoi elle ne l'aimait pas ?
Tout simplement parce que lorsqu'elle se retrouvait face à cette femme, elle voyait une inconnue et pas une grand-mère. Elles n'avaient aucune passion commune. Elle ne savait rien de sa vie, rien de son passé, rien de son histoire...
Oh, Angie aurait certainement aimé connaître toute ces choses, mais sa timidité face à cette être imposant l'en avait toujours empêché. Et une atmosphère froide avait souvent été présente.

Un silence oppressant s'était installé peu à peu entre ces deux femmes, chacune observant l'autre avec attention.

« Tu es bien maigre Angéla, tu ne manges pas assez. De mon temps, c'était bien normal, mais maintenant... Tes parents ne te donnent donc pas à manger ?
- Bien sûr que si ! C'est juste que je ne grossis pas, c'est tout.
- Alors tu as bien de la chance... Mais je trouve tout de même que tu es bien maigre. En plus...

Angie la laissa parler encore un bon moment, elle avait compris que sa grand-mère aimait faire de long monologue vantant les mérites d'un voisin ou critiquant une fois de plus le style vestimentaire de sa petite fille. Mais ce qu'elle aimait surtout démontrer, c'était qu'Angie avait un sale caractère.

- ...moi de mon temps Angéla...
- Angie... moi c'est Angie. Je déteste qu'on m'appelle Angéla tu le sais en plus !
- Tu n'vas pas recommencer Angéla. Ton père et ta mère t'ont donné un nom de baptême à la naissance et ce prénom c'est Angéla. Sache que ton identité est très précieuse. Tu as de la chance dans avoir une alors sois en fière. Tu m'as bien compris Angéla Suzanne Bômes. »

Quand elle disait son nom complet, Angie préférait se taire et acquiescer plutôt que de subir la colère de son aïeule.


_ _ _

Quelques jours s'étaient écoulés. Angie s'ennuyait de plus en plus. Elle avait fait le tour du jardin tellement de fois qu'elle en connaissait à présent les moindre recoins. Prétextant un rayon de soleil, elle avait fui la chaleur étouffante de la maison pour la température plus que froide de cette matinée d'automne. Elle avait trouvé dans le garage une raquette de badminton et un volant et s'amusait à lancer le volant dans les airs le plus haut possible. Il est vrai que ce jeu ne se faisait pas en solitaire mais à deux. Seulement faute de n'avoir personne avec qui partager sa trouvaille, à l'exception de sa grand-mère, Angie décida de s'amuser toute seule.

Une heure passa sans qu'elle ne le remarque. Elle s'amusait comme une petite folle, essayant de rattraper son volant d'un coup de raquette, courant dans tout le jardin, les yeux en l'air, évitant avec une certaines aisance les trous et les petits arbustes sur son passage.
Et... un geste trop vif, un coup de raquette trop fort, une mauvaise direction et voilà notre petit projectile filant vers le toit de la maison. Sa course ne fut pas stoppée par les nombreuses tuiles, il continua sa route et tomba dans le trou de la fenêtre du grenier, ouverte pour on ne sait quelle raison.

« Zut... »

Angie était en colère car elle savait qu'elle venait de commettre une erreur.
En effet, la « dragonne » ne supportait pas qu'on aille dans cette pièce. Souvent, petite, Angie s'était fait gronder, prise en flagrant délit sur le sommet des marches menant à cet endroit mystérieux qui lui était interdit. Toujours curieuse, avide de connaissances et d'aventures, elle se prêtait à rêvasser sur les objets que pouvait bien lui cacher sa grand-mère. Des trésors, des livres de sorcellerie, des potions magiques... les surnoms, la dragonne et la sorcière, dataient de cette époque. Où la petite fille, débordante d'idées toutes plus farfelues les unes que les autres, s'était inventé un personnage fantastique sous les traits de son ancêtre.
Ses pas la menèrent directement au deuxième étage, au-dessous de la trappe menant au grenier. Une cordelette pendait bien droite, narguant la jeune fille.


Allait-elle oser tirer dessus et pousser sa curiosité à nouveau réveillée ?...

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Et bien voilà on y est, le premier pas vers une histoire.
Le prologue...
Depuis quelques temps je souhaitais vous la dévoiler. Mais (aller employons les grands mots) j'avais peur de la "poster". Petite angoisse de la page blanche...
Vais-je réussir à aller jusqu'au bout ???
Vais-je vous interpeller et titiller votre imagination ?
Allez-vous me suivre dans cette aventure ?
Beaucoup de questions, qui je dois l'admettre m'ont faite attendre encore un peu avant de cocher "article en ligne".

Juju

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photo : ici

# Posté le samedi 29 décembre 2007 11:01

Modifié le lundi 31 août 2009 06:00