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Chapitre 21 : La fin est proche...

Chapitre 21 : La fin est proche...

Trois coups à la porte. Une attente des plus stressantes. Et enfin ce bruit qui nous soulage, le cliquetis du verrou tourné.

« Oui ?
- Madame Vergnier, je suis si contente de vous revoir.
- Suzanne ? Mon dieu ! Mon petit mais... entrez, ne restez pas dehors !
La vieille dame s'effaça pour nous laisser passer me regardant avec de grands yeux dans lesquels se mélangeaient la surprise et le plaisir.
Elle continua son exploration en s'apercevant de la présence d'Henry et Victor juste derrière moi. Allant de l'un à l'autre je pouvais deviner ses pensées. Sans doute se demandait-elle qui pouvait être mes compagnons de voyage.
- Madame Vergnier je vous présente Henry, un ami et Victor, le petit dont j'ai eu la garde... une longue histoire.
Nous avions décidé d'un commun accord de ne pas révéler l'existence d'une descendance dans la famille de Pierre. Je voulais avant tout protéger les personnes que nous croisions sur notre chemin. Notre présence en ses lieux était déjà extrêmement dangereuse. Et cette brave dame n'avait pas à y être trop mêlée.
Connaissant mon ancienne couturière, je savais qu'elle ne poserait pas trop de questions. Elle avait toujours été discrète, écoutant d'une oreille attentive nos maux et nos petits problèmes. Je l'avais toujours appréciée.
Cela me chagrinait quelque peu de lui cacher la vérité, et de l'entrainer dans cette histoire des plus périlleuse.
- Vous devez être fatigués, et vous devez avoir faim, venez, je vais vous nourrir.
Victor affichai un grand sourire à cette dernière phrase, en effet son ventre commençait à grogner et c'est d'un pas enjoué qu'il suivit notre hôtesse.
La famille de mon amie était déjà attablée et tous se levèrent pour nous accueillir. Sans nous poser la moindre question, une dame assez jeune se leva et ajouta trois couverts supplémentaires. Victor s'assit près d'un enfant qui ne devait pas être plus âgé que lui et en quelques secondes ils devinrent amis. Je m'étonnai de cette facilité qu'ont les gamins à se lier à une autre personne sans craindre une quelconque trahison.
Henry n'avait pas parlé depuis le début, jetant des regards timides à toute la tribu. Un discret sourire flottait sur mes lèvres lorsque qu'il surprit mon regard confiant. Oui, je connaissais cette femme et je me portais garante d'une bonne nuit de sommeil.
- Alors, que viens-tu faire dans les parages ma petite Suzanne ?
Toutes les têtes se relevèrent de leurs assiettes attendant avec avidité et curiosité ma réponse. Je soufflai discrètement pour prendre contenance. Le mensonge était enclenché.
- Et bien, j'ai un oncle qui habite près de Roscoff et je dois le rejoindre. J'ai reçu une lettre de sa part me demandant de venir l'aider dans sa tâche : il répare les coques des bateaux et n'a personne pour s'occuper de sa petite maison. Étant libre, vu notre brusque mise au chômage je me suis dit que l'air marin me ferait le plus grand bien. Et puis Victor y sera mieux pour gambader. Ce n'est pas comparable à la Capitale... trop risqué...
- Mais d'où vient ce petit ? Tu ne m'en avais jamais parlé ?
J'échangeai un regard avec Henry qui me rassura d'un sourire avant d'engloutir un morceau de pain gorgée de soupe.
- Oui... c'est un peu normal... c'est le fils de ma cousine, elle a été arrêtée il y a quelques jours et depuis j'ai pris la charge de m'occuper de lui.
-Oh mon dieu pauvre petit bout. »
Tous les regards avaient bifurqué vers la tête blonde qui ne s'en souciait pas, trop occupé à s'amuser avec son nouveau copain à faire des boulettes de mie de pain et à les lancer dans leurs verres respectifs.
Henry et moi-même lui avions bien signifié qu'il ne devait pas parler de notre véritable histoire. Jouant sur la carte de l'aventure, nous l'avions baptisé le pirate des mers. Il ne devait sous aucun prétexte dévoiler notre secret sous peine de mutinerie et d'une punition que peu de corsaires souhaitaient : la planche...
Nous croisions donc les doigts pour qu'il ne révèle rien et soufflèrent peu à peu comprenant qu'il tiendrait sa promesse.

Cette soirée fut calme et salvatrice.
Je retrouvais les bras chaleureux d'une dame qui me faisait penser à ma grand-mère. Henry finalement avait vaincu ses réticences et parlait de sa voix sonore de son exploitation. La famille de notre hôtesse était également très chaleureuse et c'est dans ce climat bénéfique pour notre repos que nous partîmes nous coucher.

Dans la nuit je reçu la visite d'Henry.
Nous devions parler des heures à venir. L'adrénaline était là, il me tardait que tout se termine. Victor dormait dans mon lit et c'est donc discrètement que nous nous enfermâmes dans la salle de bain attenante.
Dans un murmure que seule nous pouvions entendre, nous récapitulions le déroulement de notre dernière journée sur les côtes Françaises. Demain était un jour où nos vies allaient changer...
Bonne ou mauvaise, nous ne savions pas qu'elle serait notre fin mais nous priions pour que tout se termine bien. Pour me donner du courage,je serrais autour de mon cou ce petit médaillon qui avait provoqué tant de soucie et de malheur. Il ne m'avait jamais quitté jusque là et demain j'allais le transmettre à un Duval que je ne connaissais ni d'Ève ni d'Adam...

« Il nous faut à tout prix déjouer l'plan d'ses porcs. Ils ont du mettre des barrières un peu partout. L'seul moyen c'est qu'vous n'veniez pas avec moi. Si j'passe seul il ne m'arrêt'rons pas. J'irai moi-même chercher Duval et l'amènerai où nous avons con'vnu.
- Oui mais il ne va pas comprendre. Il s'attend à voir une femme et un enfant. Ça ne marchera pas.
- Il le faut ! C'est vo'te seule chance. Vous avez toujours la lettre de Pierre sur vous ?
J'acquiesçai. En effet je l'avais gardée dans l'une de mes poches après l'avoir lue. Mais je n'avais aucune certitude dans le fait qu'il reconnaisse son écriture, et qu'il croit en Henry. Il aurait mieux fallu que je le remplace dans cette tache. Mais Henry trouvait cela trop dangereux. De plus... je ne pouvais quitter Victor une seule minute...
- N'vous inquiétez pas Suzanne. Nous allons réussir. Vous êtes ma bonne étoile vous et l'gamin. Personne vous f'ra du mal. J'vous en donne ma parole.
Une larme coula sur ma joue. J'aimais cet homme comme un père et le voir se sacrifier pour nous me touchait énormément. Cette personne que nous ne connaissions que depuis cinq jours allait donner sa vie pour nous protéger, nous aider. Il me sourit tendrement et vint cueillir la goutte sur ma joue.
- Tout ira bien. Ne vous en faites pas. J'suis là. »
Nous nous serrâmes dans les bras pour nous donner du courage.

« Ma petite Suzanne tu repasses quand tu veux. Tu sais que ma porte te sera toujours ouverte. »
Je la remerciai d'un sourire pour finalement la serrer dans les bras. Cette petite dame à l'aspect fragile nous avait été d'un grand secours. Malgré elle, elle était devenue une résistante pendant quelques heures. Lui dirai-je un jour ?
Surement. Connaissant son accent patriotique et sa haine pour ces envahisseurs elle serait fière, sans doute, d'avoir pactisé contre l'ennemi.
Je sentis qu'elle aurait souhaité notre présence un peu plus longtemps à ses côtés. Mais nous ne pouvions pas. Les minutes étaient désormais comptées.
Une dernière étreinte et nous voilà partie. Nous avions décidé de notre dernière destination. Nous ne devions parcourir que quelques kilomètres mais notre stress était plus papable que les jours précédents. Henry et moi-même avions beaucoup discuté sur cette journée particulière. Il nous fallait réussir à ramener Duval vers le village de Trégastel.
C'était notre seule chance de pouvoir déjouer les plans de notre ennemi commun.

« Vous vous rappelez de ce que vous devez faire et dire ?
- Oui, n'vous inquiétez pas Suzanne.
- Je préfèrerais que nous revoyions l'ensemble de notre plan.
- J'dois vous déposer à Trégastel, et partir à Roscoff pour ram'ner Duval. Pour le convaincre d'ma sincérité, j'dois lui décrire le médaillon, lui raconter toute votre histoire n'omettant pas d'parler d'Pierre, du gamin, d'la grand-mère d'Victor. Et surtout j'dois lui montrer la lettre Qu'Pierre vous a remise.
- Ça va être dur.
Il acquiesça, conscient de la tâche irréalisable. Pourtant il se devait de réussir. Il devait mettre tous ces moyens en ½uvre pour arriver à le convaincre. Quoiqu'il en coûta.
- La solution aurait été qu'vous m'donniez le médaillon. J'aurai été crédible.
- Non ! C'est trop risqué ! S'ils vous prennent, toute l'opération que nous avons menée jusque là aura été veine.... Et... je ne veux pas qu'il vous arrive quoi que ce soit.
- Je vous comprends. Vous n'devez pas me faire confiance.
- J'n'ai pas dit ça Henry. Je ne veux pas qu'il vous arrive quelque chose.
Je posai ma main sur son bras, accompagné d'un sourire engageant et confiant.
- Vous savez Henry. Je vous aime beaucoup. Je me suis attachée à vous. Si vous étiez arrêté je ne m'en remettrai pas. Trop de gens sont morts ou ont souffert à cause de moi.
- le plus important pour moi c'est que l'gamin et vous soyez en sécurité. Moi j'suis secondaire. Vous êtes ma priorité. Le jour où vous serez en sureté j'aurai accompli mon devoir avec fierté. Et je pourrais partir sereinement. Ne pensez pas à moi, concentrez-vous sur votre mission. Protégez l'gamin et reposez-vous sur moi. »

Nous étions arrivés près de l'embarcadère de Trégastel.
Le moteur était arrêté et nous soutenions le regard de l'autre. Notre séparation était proche. Une boule se forma dans ma gorge et les larmes menaçaient de déborder. Nous descendîmes de la voiture silencieusement. Henry sortit nos valises et prit Victor dans ses bras.

« Gamin, j'veux qu'tu t'occupes de Suzanne. Tu es un homme maint'nant. Je t'fais confiance. Tu me promets qu'tu la protégera.
- Oui. Z'te l'promets papi. »
Ils se serrèrent très fort, Victor enfouissant sa petite tête dans le cou de son grand « papi ». Le reposant à terre, il ébouriffa ses cheveux rebelles et lui sourit tendrement.
Puis ce fut mon tour...
Je pleurai à présent à chaudes larmes. J'avais peur de le voir partir. J'appréhendais son retour. Je priais pour que rien ne lui arrive. Il était mon pilier et j'avais peur de le perdre. Il me serra tout contre lui de ses bras puissants, me caressant les cheveux doucement, me berçant pour apaiser ma peine, me rassurer. Puis il se décala, ouvrit la portière de la voiture.
« Je r'viens vite. »
Ce fut fini...
La vieille Peugeot se perdit au détour d'une rue. Nous restions là quelques minutes sans bouger. Victor glissa sa main dans la mienne.

« Ze vais te protéger maint'nant. »

Cela faisait presque sept heures que nous attendions son retour et j'avais du occuper Victor avec les moyens du bord. Lui, imperturbable, avait pataugé dans La Manche avec plaisir. L'immersion avait été laborieuse, l'eau était encore glacée en cette saison. Mais cela ne l'avait pas arrêté. Et il s'était vraiment amusé, barbotant avec aisance comme un petit canard. Je l'avais regardé avec amusement. Au fond de moi, j'étais anxieuse, appréhendant les évènements à venir.
Plus le temps s'écoulait, plus il m'était impossible de rester assise sans rien faire. Le soleil poursuivait sa course paisiblement sans se soucier de mon angoisse. Ma peur grandissait.
Et si Henry n'arrivait pas à le trouver ?
Si au contraire, il l'avait facilement repéré entre tous mais que celui-ci ne l'avait pas suivi, trop peu confiant ?
Je pouvais le comprendre, et là, alors qu'aucune religion ne m'attirait vraiment, je me mis à prier.

L'après-midi était bien avancée et Victor était sorti de l'eau assez fatigué. Nous avions mangé les fruits donnés par madame Vergnier.
Ils étaient les bienvenus, remplissant nos ventres creusés par la faim. Victor les avait engloutis rapidement, racontant son dernier exploit. Il était resté la tête sous l'eau, ne laissant dépasser qu'une petite touffe de cheveux blonds. Seulement deux secondes... le temps de plonger entièrement et de ressortir aussi vite que l'éclair, les yeux agrandis et les gestes saccadés.
« T'as vu ! T'as vu ! Ze suis fort hein ! »
J'avais trouvé ça tellement attendrissant.
Je replongeai dans mes pensés... mes questions... Comment pouvait-être ce Duval ?
Je m'étais déjà posé la question, imaginant un homme d'une trentaine d'années, le visage taillé dans la pierre, les cheveux hirsutes, le regard pétillant d'intelligence, la voix caverneuse d'avoir trop fumé. Une idée bien arrêtée qui me faisait sourire. Mon imagination débordait encore trop, mais j'en avais besoin. Il me fallait me rassurer et cette image d'homme fort me soulageait.
Je surpris le regard de quelques passants, curieux sans doute de nous trouver encore là à cette heure. Mais heureusement pour moi, ils n'osaient s'approcher. Être en pleine période de guerre avait son avantage, les gens n'abordaient pas les personnes louches, ne souhaitant pas avoir d'ennuis.
Nous nous étions installés sur un petit rocher face à la mer, Victor s'était endormi la tête sur mes jambes tandis que moi je scrutais l'horizon essayant vainement d'apercevoir le moindre signe d'Henry. J'en avais conclu qu'il ne reviendrait pas en voiture. Le mieux était de sortir de cette ville par bateau... Nous serions en sécurité. De plus notre fuite devait se dérouler par la mer, il nous fallait nous faciliter la tâche. C'était la meilleure des solutions.
D'une main je sortis le médaillon qui pendait toujours autour de mon cou. Tout ce qui nous arrivait était du à cet objet. C'est vrai, il devait contenir un secret important mais lequel ? J'aurais aimé le savoir...

« Je ne pensais pas vous retrouvez là Suzanne !
Je me retournai vivement manquant de peu de faire tomber Victor à la mer. De la stupeur devait se lire sur mon visage. Mon interlocuteur, lui, avait pour sa part un sourire mesquin dessiné sur le visage. Cela ne me rassurait pas, et je pris peur. Le petit s'était totalement réveillé à mon sursaut et sentant ma crainte à travers ma posture crispée, il se plaqua contre moi comme pour se rendre invisible. Inconsciemment je l'avais caché derrière moi. Le protéger était ma priorité.
- Christian ? Mais... que faites vous là ?
- J'ai eu du mal à vous retrouver Suzanne. Mais mon équipe est efficace. Quel étourderie de votre part de m'avoir sous-estimé. Vous auriez du vous méfier. Ne faites jamais confiance. Je vous avez pourtant avertie.
Il souriait de nouveau et reprit.
- Je connaissais votre destination et c'était votre point faible. Pourtant je ne pouvais rien faire avant de connaitre le nom de votre contact. J'y ai pourtant mis tout mon c½ur. Je pensais ne pas vous faire de mal, après tout vous n'y étiez pour rien dans cette histoire. Et puis, les hommes pour qui je travaille ne m'avaient pas demandé de vous éliminer. Nous voulions le réseau tout entier. Mais le jour où vous vous êtes enfuie, je suis arrivé trop tard... même cette vieille dame n'a rien pu me dévoiler. Cette pauvre folle s'est jetée sur l'un de mes hommes qui l'a tuée.
Son visage exprimait le dégoût. Alors c'était lui. cette voix qu'elle avait entendu... celui qui se trouvait dans la cuisine... celui qui avait hurlé sur l'un de ses hommes lorsqu'ils avaient abattu la grand-mère de Victor.
- Ma seule chance alors a été de vous convoyer moi-même. J'avais réussi à m'infiltrer depuis un an dans le réseau. Cela avait été facile, je ne vous ai pas menti... Pierre était réellement un ami... nous avons eu quelques divergences qui m'ont amené à changer de camp... quel meilleur moyen que de rester son ami... si vous saviez comme cela me dégoutait.
Il venait de faire un signe de la main. Plusieurs miliciens venaient de m'encercler. Mon c½ur battait plus vite. Je resserrai la main de Victor un peu plus dans la mienne, lui enfouissant son visage dans mon manteau.
- Et puis vous êtes arrivée... douce et naïve Suzanne. C'était si simple. Tout était tracé, mon plan fonctionnait à merveille j'avais votre confiance. Mais ce coup de fil... ils avaient changé leur plan... ils vous voulaient, ils pensaient que vous en saviez plus. Vous interroger et vous torturer était devenu leur priorité. Alors j'ai du prendre une autre route.
Il se rapprochait de plus en plus de nous.
- Le problème avec vous ma chère, c'est votre intelligence et votre impulsivité... il m'a fallut inventer une histoire de femme prise aux mains de l'ennemi... foutaise ! Je n'ai pas de femme, vous vous en doutez... je dois reconnaître votre capacité réactionnelle... ce coup de volant était pure folie... mais je l'admets vous étiez désespérée... et puis... cela m'a procuré un réel plaisir... la chasse était lancée.
Son sourire était carnassié. Il me glaçait. Un tremblement vint me secouer le corps.
- J'avais eu peur à un moment de perdre votre trace. Donc nous avons préféré aller directement à Roscoff. Les ordres étaient de vous attendre et c'est ce que nous avons fait. Pendant ces trois jours nous avons pu observer une grande activité dans le port... mais surtout un bateau de pêcheur... les va-et-vien des marins étaient trop importants pour être naturels. Même si je ne connais pas trop les habitudes de ce métier. Et puis ce matin, une Peugeot est arrivée... un vieil homme est descendu lentement en scrutant le quai... pendant près d'une heure il a fait ce petit manège puis il s'est enfin décidé... il a approché le fameux groupe que nous observions déjà et a parlementé un bon moment avec l'un d'eux... il lui a remis une lettre. L'homme l'a lu et a froncé les sourcils. Je n'ai pu voir la suite de la discussion car ils étaient entrés dans la cabine... je ne sais pas... peut-être l'instinct... mais lorsque le vieil homme est sorti il me semblait très soucieux, presque furieux. J'ai donné l'ordre à mes hommes de l'interpeller... j'avoue qu'ils n'y sont pas allés de main morte... ils l'ont passé à tabac.
Je ne pus empêcher une plainte de s'échapper de mes lèvres. Henry... une larme coulait sur ma joue.
- Amenez-le !


* Oh mon dieu ! *

Deux hommes s'étaient détachés du groupe, et revenaient, chargés d'un corps qu'ils traînaient sur le sol. Ils le jetèrent à mes pieds dans un bruit sourd.

- Henry !

Je me précipitais vers lui, mais ils m'en empêchèrent, me maîtrisant sur place ainsi que Victor qui s'était lui aussi lancé à sa rencontre.
Je pleurais désormais. Ma vue se brouillant, m'empêchant de voir l'homme qui était devenu un père.
- Ne pensez pas qu'il vous a trahis. C'est un brave homme. Seulement nous l'avons fouillé. Et savez-vous ce que nous avons trouvé dans l'une de ses poches ? Une lettre... la lettre... celle de mon ami... mon défunt Pierre.
Son sourire était désormais sadique, une lueur maladive s'allumait dans ses iris. De la démence...
- Nous l'avons relâché... et comme beaucoup l'aurait fait, il a repris la route avec beaucoup de difficulté. Nous l'avons suivi. C'était si simple. Vous connaissez la suite... nous l'avons rattrapé juste avant l'embarcadère. Je vous avais aperçu... si fragile...
J'avais envie de lui cracher au visage. Tout mon dégoût, ma colère, ma répugnance... cet homme était de la pire espèce, il était fou ! Je m'en voulais de lui avoir fait confiance. Et, je m'en voulais de ne pas l'avoir tué lors de notre accident. Les deux hommes me maintenaient fermement. Nous n'avions aucune échappatoire.
Victor lui, pleurait en regardant Henry qui gisait toujours sur le sol froid. Le ciel bleu avait laissé place à de lourds nuages noirs. Le vent s'était levé, dansant autour de nous, insouciant de la scène tragique qui se jouait autour de lui.

- Donnez-le moi !... donnez moi ce médaillon Suzanne !
- Non
- Suzanne ne jouez pas... vous ne gagnerez pas.
Il jeta un coup d'½il à ses miliciens qui maintenait Victor et ils le menacèrent de leurs armes. Celui-ci poussa un petit cri paniqué.
- NON ! Non, lâchez-le ! J'vous en supplie, ce n'est qu'un gosse. Ne faites pas ça je... je vais vous le donner.
Je sortis la chaine de mon cou, pleurant et tremblant de tout mon être. Henry bougeait un peu, signe qu'il se réveillait... je priais pour qu'il ne remu pas trop, il me semblait qu'ils pouvaient être prêt à tout.
Je tendis la main vers Christian, le médaillon pendant au bout de mon bras.

Un coup de feu.
Christian s'écroula par terre.
Un ordre donné... « COUCHEZ-VOUS ! »
Des gestes rapides... je tirais Victor par terre et protègais Henry de mon corps.
« Henry ! Henry ! Réveillez vous ! J'vous en supplie Henry ! »
Il bouga et se retourna sur le dos, son visage boursoufflé, du aux coups donnés par ces porcs.
Autour de nous une fusillade à commencé.
Je me sentis tirée par l'arrière.
« Mademoiselle Suzanne ? Je m'appelle Duval. Suivez-nous ! Dépêchez-vous ! »
J'ai toujours la main de Victor dans la mienne, emportée par des hommes. Certains tombent à terre. Tout était flou autour de moi.
Je n'entendais plus rien, les balles et le bruit m'ayant rendu sourde.
J'avancais dans un brouillard, Victor dans mes bras, agrippé comme il pouvait.
Je me retournais quelques secondes pour voir deux autres personnes soulever Henry et l'aider à marcher, juste derrière nous, montant dans la chaloupe, Henry grimpant à notre suite.
Un coup de feu...

« Non ! »

Tout s'accélère, son corps s'écroulant sur moi. Victor tenu caché derrière mon dos pour se protéger, La main de Duval maintenu sur sa tête pour l'inciter à rester allongé dans la barque.
Les rames brassant l'eau à un rythme soutenu, nous éloignant de ce champ de bataille dont nous étions les cibles. Et moi, pleurant, secouée par mes sanglots, caressant la joue de l'homme qui m'a sauvée la vie. De l'autre essayant tant bien que mal de stopper l'hémorragie qui s'est formée dans le ventre de mon ami. La chemise d'Henry, auréolée d'une couleur rouge foncé. Me regardant incapable du moindre mot. Moi, essayant de lui sourire, incapable de me contrôler.

« Ça va aller Henry, on a réussi. Vous allez voir, on va vivre librement maintenant.
Il souffrait. Je le lisais dans ses yeux. Je regardais autour de moi, paniquée. Nos compagnons n'osaient pas soutenir mon regard préférant ramer ou baisser la tête... impuissants. J'avais envie de hurler. Je me balançais, le contemplant avec crainte.
- Je... je ne sais pas quoi faire Henry. Vous... vous m'aviez promis... vous... vous ne deviez pas nous abandonner.... Je vous en prie
Tout n'était que supplique. Je ne n'arrivais plus à m'exprimer. Je pleurais sans me retenir continuant de lui caresser la joue. Lui me regardait toujours... Il porta sa main tremblante à mon visage et vint cueillir une larme du bout du doigt. Puis son bras tomba inerte.
Il était mort.

« Non ! Non, Henry ! » Je m'effondrais sur lui, en pleur.

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Je suis désolée de cette fin mais elle était pour moi inévitable. Le jour où j'ai créé le personnage d'Henry, je connaissais sa fin tragique.

Voilà le dernier chapitre avant l'épilogue.
Je commence à être soulagée. Parce que le début était hésitant. Le doute et la peur de ne pas réussir et finir étaient omniprésent.
Savoir que l'épilogue est déjà presque fini me détend énormément. Je n'imaginais pas qu'écrire un livre pouvait être aussi dur et stressant. Mais la fin et proche et j'aspire désormais à me tourner vers une autre histoire "Chloé"... Viendra le temps de la relecture et de sa correction...

Il est extrêmement long je vous avez prévenu.
Je suis assez contente du résultat même si je pense qu'il me faudra le retravailler. Après tout, les chapitres mis en ligne ne sont que mes premiers jets.

Aviez-vous compris que Christian était l'homme qui se trouvait dans la cuisine de la grand-mère de Victor ?
C'était lui qui hurlait en Allemand contre ses soldats, les réprimandant sur la mort de celle-ci...
Là encore je savais que ce serai lui.
Mais Christian n'avait pas réellement été inventé dans ma petite tête ^^


Juju

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Liens : Kalya ; Mariiiiiiiiiiine

Photo : Je l'ai prise de notre barque au Marrais Poitevin. Il vous faut juste imaginer la mer derrière je ne suis pas assez douée pour faire les montages ^^

# Posté le mardi 15 juillet 2008 07:00

Modifié le lundi 31 août 2009 05:54

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