Je quitte cette terre à jamais.
Ne m'oublie pas mon amour.
Je t'aime pour l'éternité.
Je m'éloigne de toi peu à peu.
Vers cette lumière qui m'attire.
Un dernier regard dans ta direction ma Suzon.
Un sourire...
Peu à peu je m'efface.
Rejoignant les anges.
Je te protègerai ma chérie.
Je serai toujours à tes côtés.
Je ne suis plus.
Je ne vis plus.
Sauf dans tes rêves... tes souvenirs...
Touche-moi la main une dernière fois.
Ne pleure pas.
N'essaye pas de m'atteindre.
Seuls les êtres qui passent dans l'au-delà en ont la possibilité.
Je t'aime mon amour.
« ROGER ! »
Je ne savais plus, je transpirais, et manquais d'air. Ce matin j'avais vaguement senti Victor m'embrasser la joue et se lever. Mais j'avais préféré retourner dans mes rêves, fuir cette réalité
qui me pèse. Je n'avais pas la force de l'accepter.
Dans mes songes je le voyais, mais rien n'était rose. Chaque moment en sa compagnie, j'étais incapable de le toucher. Il me disait au revoir.
Mes larmes coulaient à nouveau. Je ne les empêchais pas, préférant me réfugier dans ma tristesse.
Henry... j'avais décidé d'arrêter d'utiliser la marque de respect « monsieur ».
Plusieurs fois, il était venu me voir. Mais, préférant ma solitude à sa présence je faisais semblant de dormir, ne bougeant plus d'un cil. Il restait souvent quelques minutes me caressant la joue.
Puis poussant un soupir, il quittait la pièce fermant doucement la porte derrière lui.
Je me rendormais.
La porte grinça, me réveillant à nouveau, laissant apparaitre Henry devant moi, il me souriait.
« Vous v'là enfin de retour parmi nous.
Il se déplaça rapidement dans la chambre et tira les rideaux laissant entrer le soleil. Fronçant les sourcils de mécontentement, je me recouvris à l'aide de la couverture, me renfermant dans mon monde. Il était encore trop tôt pour moi, je m'y refusais. Mais lui, ne l'entendait pas de cette oreille et il la tira d'un coup sec.
- Allez debout. Il faut vous s'couer maintenant. Vous z'avez un enfant qui vous réclame et il faut manger. C'n'est plus l'temps de pleurer.
Il me leva d'un coup, me secouant un peu. J'étais en colère contre lui. Comment osait-il alors que j'étais triste. Ne pouvait-il pas me laisser tranquille. M'attrapant la main, il m'incita à sortir.
- Mais arrêtez ! Vous ne comprenez pas ! Laissez-moi seule ! Je ne veux plus vivre. Cette phrase je l'avais dite dans un murmure.
J'éclatai en sanglot.
- Ça suffit maintenant ! Je sais qu'votre peine est grande et j'vous comprends. Quand ma p'tite femme est morte j'n'étais plus qu'une loque. Mais au contraire de vous j'n'avais personne à qui me raccrocher alors que vous oui ! Vous avez Victor ! Ne laissez pas votre chagrin l'oublier. Il a besoin d'vous ! Alors vous allez affronter votre vie ! Vous êtes une battante Suzanne ! J'pense pas qu'il aurait été heureux d'vous voir dans cet état ! Vous allez vous lavez et vous habillez ! J'vous attends dans la cuisine dans vingt minutes pour manger ! Et prenez garde à dissimuler vos sentiments face au gamin. Il a vécu trop d'chose horrible dans sa vie pour qu'vous lui en rajoutiez d'autres ! »
Sur cette tirade il sortit en claquant la porte. Je restai là, sans bouger. Chaque mot prononcé m'avait secoué, comme un coup de tonnerre. Il avait entièrement raison et j'avais tort sur toute la ligne.
Malgré cette blessure cruelle dans mon c½ur, je devais réagir, sortir de cette chambre, continuer mon chemin. Et puis il y avait Victor... je ne pouvais l'abandonner.
Je fis donc ce qu'Henry m'avait ordonné. Et le rejoint dans la cuisine.
Pas un mot ne fut échangé à mon arrivée, juste des regards. Un bol de soupe fumante m'attendait à ma place en face de Victor qui avalait déjà la sienne goulûment. Il se stoppa net en me voyant et me fit un beau sourire. Un encouragement pour la suite... Je m'assis lentement, et commençai à manger.
« Tu vas voir elle est bonne. Papi Henry l'a faite avec moi.
Manquant de m'étouffer je relevai la tête précipitamment pour regarder le petit face à moi.
Comment avais-je pu oublier cette phrase murmurée la nuit dernière ?
L'excitation envahissait mon c½ur.
- Oh ! Mon dieu, mon chéri, je suis si heureuse.
Victor arborait une mine toute fière, et secoua la tête. Puis il porta son regard vers sa soupe et continua à l'engloutir comme si de rien n'était.
- Depuis c'matin ce p'tit est un véritable moulin à paroles » dit Henry en rigolant.
« C'est bien agréable qu'un gamin aussi mignon ait cessé son mutisme, vous n'trouvez pas ?
J'acquiesçai rapidement, les yeux écarquillés de stupeur face à cette révélation. Un moulin à parole ? Et si...
- Que... que vous a-t-il dit ?
- ... Tout... » Il était redevenu sérieux et son regard me scrutait sans relâche.
Mon corps se glaça tout à coup. Tout ? On mon dieu non. Qu'allais-je pouvoir dire ?
- J'dois admettre qu'cette histoire est peu commune et j'm'en serai pas douté... quoique la ressemblance entre vous n'était pas flagrante... mais après tout il pouvait bien avoir hérité des gènes d'son père...
- Je... il... il a une sacrée imagination.
Je ris... mais le son raisonnait très faux. D'ailleurs il ne parut nullement convaincu et balaya mes dires d'un revers de la main ...
- N'vous tracassez pas Suzanne. Je n'vous trahirai pas. J'suis un homme d'honneur, et je tiens à vous aider. Mais d'abord... j'veux savoir tout la vérité.
Je paniquai... Je ne savais plus quoi faire. Il me fallait, réfléchir vite.
Devais-je tout lui raconter ? Lui faire vraiment confiance ?
J'hésitais.
Pourtant si Victor lui avait déjà tout narré, nos poursuivants auraient sans doute débarqué pendant mon sommeil. Le jour où j'avais sonné à sa porte, il aurait pu à n'importe quel instant nous trahir.
Il me fallait réagir vite, après tout qu'avait pu dire le petit.
- Dites-moi ce qu'il a dit.
Il fit un petit sourire, le regard pétillant de malice.
- J'me doute qu'c'est un test... très bien, alors, j'le relève.
Il prit sa respiration.
- Par où commencer... vous n'êtes pas la mère de Victor. Sa mère est morte mais il m'a pas dit dans quelle circonstance. Pour son père je n'sais pas... vous être partie par un tunnel parc'que des « méchants » vous ont attaqués.
Il souriait tendrement, se rappelant des mots choisis par Victor pour raconter son histoire.
- Vous d'vez emmener un médaillon dans une ville pour une mission, mais il n'a pas su vers qui et où. Vous avez eu un accident, vous avez foncé dans un arbre et il a eu des petits bobos mais rien d'grave... c'est un homme maint'nant qu'il m'a dit. Voilà... c'est ce qu'il m'a raconté.
Le silence s'installa.
- Vous y croyez ?
Il me regarda un instant réfléchissant à ma question.
- Oui j'y crois. Parce que c'gamin n'a pas ouvert sa bouche pour m'raconter des mensonges. Il disait la vérité. Et puis pourquoi inventer une mère morte d'vant lui. Non... l'imagination d'un enfant d'deux ans n'est pas aussi importante.
Que dire après ça... vous avez raison ?
Bien sûr que oui il avait raison... mais j'avais tellement été déçue par Christian que mon appréhension était encore là.
- Vous... vous n'avez pas tort... je... Victor et moi ne sommes pas parents. Je... je connaissais, son père, Pierre; Il est... il a été arrêté... »
Je repris mon souffle et lui livrai notre véritable histoire, n'omettant rien cette fois-ci.
Butant toutefois sur les mots, pleurant à certains moments, décrivant mes angoisses, nos peurs. Expliquant cette lourde tâche qui m'était destinée. Me délestant enfin de ce poids oppressant ma poitrine ; J'en oubliai même d'être méfiante. Trop naïve ? Oui comme toujours... l'un de mes défauts... mais j'avais tellement besoin d'y croire cette fois-ci encore, me reposer sur des épaules solides.
Et puis pourquoi serait-il comme les autres ?
Non... je m'y refusais. Henry se devait d'être un homme bon. Sinon, si tous ces gens étaient mauvais, à quoi cela servirait que je risque ma vie et celle de Victor. Il me fallait croire en cet espoir infime. En lui...
Alors je continuai sans relâche. Expliquant à cet homme notre périple, notre aventure. Ma gorge était sèche, ma tête bourdonnait de tous ces souvenirs enfouis qui se révélaient.
A la fin je n'osais plus le regarder en face. Il n'avait pas arrêté de commenter mes phrases par des « saletés » ; « pourriture » ; « qu'ils aillent rôtir en enfer » où « oh » ; « Pauvre petit » ; « mon dieu » ; « Doux jésus » ; « crénom de non ».
Mais vers la fin de mon récit il était resté muet comme une tombe.
Le silence s'établit entre nous. Pour ma part il était oppressant, appréhendant sa réaction maintenant qu'il savait tout.
« Z'ai tout fini moi !
Je tournai la tête pour voir mon petit bonhomme barbouillé de soupe sur tout son petit visage. Il était attendrissant. Et sa présence à mes côtés m'apaisait.
- Ze peux allez jouer maint'nant ?
Sans attendre ma réponse et avant même de l'avoir essuyé il sauta sur ses deux pieds manquant de peu de perdre l'équilibre et dans un gloussement disparu dans le couloir en poussant un cri. Mais à peine sa petit bouille d'ange avait passé le pas de la porte qu'il revenait sur ses pas et me sautait dessus pour m'embrasser.
- Z't'aime.
Puis il repartit aussi vite, claquant une porte au loin. Ce gamin était une vraie boule de nerf, et une bouffée de fraîcheur. Je souris en pensant à ses mots. Moi, je l'aimais à l'infini.
- Ce p'tit bonhomme est épanoui. Vous êtes mutuellement un soutient l'un pour l'autre. Votre lien est p't'êt'e pas parental, mais vous z'êtes unis.
Il s'arrêta quelques secondes pour recouvrir son sérieux.
- Vous êtes courageuse Suzanne. J'suis admiratif de votre bravoure. Et... j'vais vous z'aider.
J'ouvris mes yeux en grand, surprise de ce revirement.
- Je n'peux pas imaginer vous voir partir seule. J'm'en voudrais... et puis... j'veux faire qu'que chose. Rester là impuissant me tue. J'suis tellement...
Il tapa sur la table me faisant sursauter.
- J'ai besoin d'évacuer ma rage. Faut les exterminer ! Les réduire en bouillie ! LES ÉCRASER !
- Henry !
- pardon... je ... excusez-moi... je... je me suis un peu emporté. »
Il était gêné et rougissait. Cet ours des cavernes avait un c½ur patriotique et révolutionnaire. Nous nous regardions dans les yeux pour finalement éclater de rire. J'étais soulagée.
En cet homme brute, j'avais trouvé un allier...
Voilà la suite.
Comme d'habitude après un chapitre un peu mouvementé et rempli d'émotions, le texte est un peu plus calme.
Après tout il vaut mieux se reposer un peu, souffler...
Nous approchons de la fin un peu plus chaque jour.
Mais rassurez-vous il reste encore au moins quatre chapitres et l'épilogue qui devrait être assez grand.[/c
Liens : Marine ; Solène
Photo : prise sur internet...