- Oh ma chérie, je suis tellement désolée. Si j'avais pu te l'annoncer de vive voix. Je...
Elle venait d'éclater en sanglot. Elle ne pouvait plus me parler. Seul des hoquets me résonnaient dans les oreilles. Et moi ? Moi... J'étais devenue une coquille vide. Incapable de la moindre pensée, le néant... Seul un mot parvenait à pénétrer dans ma tête, « mort », il s'infiltrait dans mes veines comme un venin, chaque battement de c½ur me rapprochait de la réalité. La fuir... plus que tout... Pas un son ne sortait de ma bouche, comme si désormais je devenais muette... pas la force... Je me retrouvais dans une bulle, et ne voulait en sortir, par peur d'affronter cette effroyable réalité.
Ma mère s'était peu à peu calmée, s'inquiétant sans doute de ma passivité, et de mon mutisme, elle reprenait peu à peu contenance.
- Suzon ?... tu... tu es toujours là ?
- ...
- Ma Suzon, répond moi... je... tu veux savoir peut-être...
Un son guttural sorti de ma bouche, seul acte possible pour moi en cet instant. Je ne savais pas si je désirais connaitre la vérité. Mes phalanges blanchissaient à vue d'½il, crispées contre le combiné téléphonique, comme une bouée pour me sauver. Mais il était trop tard. J'étais déjà perdue... Je m'aperçus alors de mon manque d'air, aspirant à plein poumons dans un cri étouffé, le peu d'oxygène qui voulait bien s'introduire dans mes poumons oppressés.
- Ils... ils ont reçu une lettre de lui... je... je parle de ses parents. Il... il... au mon dieu c'est tellement dur. Gabriel, dis-lui toi...
Mon père... le ton de sa voix était sérieux ; triste ; mélancolique ; on y percevait de l'inquiétude.
- Puce ? C'est papa... je... pardonne-moi. Ce ne sont pas de bonnes nouvelles... je... j'aimerais tellement te serrer dans mes bras. Tu es si loin... je...
A sont tour il pleurait. C'était la première fois que je l'entendais s'épancher ainsi. Mais cela ne me toucha pas... j'attendais... inconsciemment je souhaitais entendre ce qu'il était écrit dans cette lettre, sachant qu'il me faudrait l'accepter alors. Mon envie était partagée...
- Son père m'a fait parvenir la lettre. Ils sont tellement abattus. Ils l'ont reçue il y a trois jours. Et depuis nous essayons de te joindre... je... tu veux que je te la lise ?
Il n'attendit pas ma réponse, il avait reposé le combiné me signalent d'attendre quelques secondes le temps de prendre le bout de papier où se trouvait les dernières lignes de mon Roger.
Trois jours... où étais-je il y a trois jours. Notre périple m'avait semblé durer une éternité... alors trois jours... En réfléchissant bien, je venais de fuir pour la première fois ces hommes qui avaient surgi dans la maison de Pierre. Ce jour-là alors que mes futurs beaux-parents recevaient cette lettre, j'avais entendu la grand-mère de Victor tomber morte dans sa cuisine. Pendant que mes parents apprenaient la nouvelle et pleuraient la perte de leur futur gendre, je faisais la rencontre de cet homme bienveillant répondant au nom d'Henry...
Quand l'avait-il écrite ?
Peut-être depuis plus d'un mois. A cette époque qui me semblait lointaine maintenant, je vivais dans l'attente et l'appréhension d'un signe de sa part. Douce illusion qui me donnait espoir et courage face à ses heures sombres...
Alors qu'il devait-être torturé, je dansais encore pour ces monstrueux acteurs de tous mes maux... Une boule se formait dans ma gorge...
- Je... je l'ai... je vais te la lire. »
L'émotion perçait dans sa voix, il l'éclaircissait. Après un petit silence pour reprendre contenance il la débuta...
J'ai peu de temps hélas pour tout vous dire.
Et que dire...
Allons à l'essentiel.
Lorsque vous lirez ces quelques lignes je serai mort.
Il s'arrêta un instant, incapable de continuer... puis, au bout de quelques secondes, il reprit.
Ne soyez pas triste je n'aurai pas souffert.
Après tout je serai soulagé.
Je ne dormais plus, hanté par tous ces morts, ce sang, ces cris.
Nous étions devenus des bêtes, survivant comme nous pouvions.
Tuant avant d'être tué.
Une boucherie...
J'ai été pris par l'ennemi.
Jugé et reconnu coupable de trahison.
J'aimerai tant vous dire ce que j'ai sur le c½ur mais je ne souhaite pas vous causer du tort par mes propos.
Ont-ils un brin d'humanisme ?
Sans doute, sinon vous n'auriez pas cette lettre entre vos mains.
Il y a un temps pour pleurer.
Et un temps pour renaître.
Je n'ai qu'un mot à vous dire... Vivez.
Je vous aime plus que tout, plus que ma vie.
Un seul regret...
Ne pas pouvoir vous serrez encore une fois dans mes bras.
Il reprit son souffle...
Je t'aime.
Tu as été mon oxygène, ma folie, ma raison d'être.
J'aurais aimé encore pouvoir caresser ta peau, t'embrasser. Dormir, toi dans mes bras.
Pouvoir te regarder tout mon saoul, sans me lasser.
J'aurais aimé pouvoir faire partie de ta vie jusqu'à notre belle mort.
Voir grandir nos enfants qui te ressembleraient.
Te voir porter mon nom.
Tant de choses inachevées et que nous ne pourront conclure en beauté.
Mais je n'ai aucun regret d'avoir été à tes côtés.
Ne perds pas espoir mon amour.
Je ne souffrirai pas.
Ma dernière pensée sera pour toi.
Pour tes yeux et ton sourire.
Alors souris ma chérie, ne pleure pas ma Suzon.
Laisse-moi cette dernière faveur.
Le monde est beau malgré cette époque sombre.
Bats-toi pour tes idées et tes convictions.
Mais je t'en pris, reste en vie.
Je t'aime un peu...
Beaucoup...
Passionnément...
A la folie...
Il me faut vous laissez maintenant, ils arrivent, je les entends...
Tellement dure d'abandonner ce crayon...
Je n'ai pas peur.
Je vous aime
Sans laisser mes parents dire quoi que ce soit, je raccrochai. Incapable du moindre mot. Ma limite était atteinte. Je commençai à trembler. Suffoquante... Mes jambes flageolantes, depuis le début de cette lecture, me lâchèrent subitement et je m'écroulai. Un long cri rauque sortit de ma bouche. Depuis le début de cette conversation, il ne faisait qu'attendre, grandissant à vue d'½il, caché dans ses retranchements, pour sortir enfin, sinistre et déchirant. Une plainte semblable à celle d'un animal blessé au plus profond de son être, expression de ma douleur immense.
Mon c½ur n'était plus qu'un trou béant, labouré et lacéré de toute part. J'avais tellement mal.
Comment allais-je survivre à cet effroyable avenir ?
Sans lui ?
Je me recroquevillai sur moi-même, incapable de faire face à cette réalité qui me déchirait...
Monsieur Henry et Victor avaient accouru au son presque inhumain. Ils m'avaient regardée, affligé pour l'un, inquiet pour l'autre.
Je me mis à répéter inlassablement la même phrase.
« Roger est mort ! Roger est mort ! Rog... »
Monsieur Henry ne m'avait pas posé de questions et je lui en suis reconnaissante maintenant. Les explications auraient été inutiles et futiles. Il m'avait transportée dans ses bras, et m'avait allongée dans cette chambre quittée un peu plus tôt. Fermant les volets et venant me caresser la joue en signe de soutient, il avait refermé la porte doucement murmurant un : « demain est un autre jour... je m'occupe de Victor... reposez-vous ».
Me balançant de droite à gauche je m'étais finalement endormie épuisée par mes larmes... Dans un sommeil sans rêve...
Le petit matin...
Je me suis réveillée en sursaut hurlant le prénom de mon amant, les yeux rouges et gonflés d'avoir tant pleuré. J'avais mal à la tête et un vide était désormais dans mon c½ur.
La porte de ma chambre grinça et j'aperçus une petite tête blonde sortir de l'entrebâillement. Il avait un regard anxieux, posant sur moi ses yeux chagrinés. Sans brusquer ses gestes il se déplaça dans la pièce et grimpa comme il put sur le lit pour s'asseoir sur moi, comme cette première fois.
Son sourire cette fois-ci était triste. Et mes larmes ressurgirent de plus belle. Il se colla à moi, m'encerclant de ses petits bras et posa sa tête au creux de mon cou. Je pleurai longtemps, m'apaisant peu à peu dans sa chaleur enfantine. Puis mes sanglots s'atténuèrent et nous restâmes là, dans ce silence presque religieux qu'il ne me semblait pas devoir rompre.
Pourtant... il se brisa...
« Z'e t'aimerai toujours et Z'e serai toujours là »
Une petite voix venait de raisonner comme une douce musique à mes oreilles...
Avez-vous aimé ?
Pour ma part j'avoue... J'ai versé quelques larmes ^^"
C'est un peu gênant de pleurer pour son propre écrit.
Je me suis sentie un peu ridicule toute seule devant mon écran.
Ça m'a fait penser à cette écrivain dans ce film ( à la poursuit du diamant vert), qui fini d'écrire son livre et qui pleure comme une madeleine ^^
Liens : Marine
Photo : Avec un filtre noir et blanc...
C'est une rose rouge qui m'a été offerte par un grand monsieur que j'aime beaucoup ^^
Et en dessous il y a une partie du chapitre 19 avec plein de fautes ^^
