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Chapitre 8 : mais où suis-je ?

Chapitre 8 : mais où suis-je ?
Devant moi se tenait une dame. Elle était assez grande ; au moins dix centimètres de plus que moi ; elle devait avoir dans les soixantaine ans ; un embonpoint assez important, ce qui lui donnait une apparence imposante. Mais ce qui me frappait le plus,c'était ses yeux, d'un noir profond. Ils me perçaient et me détaillaient. J'avais l'impression d'être mise à nue face à elle. Je me sentais perdre pied, mon peu de confiance ,s'évaporant peu à peu. Je fis un sourire tremblant, respirant fortement.

« Heu...
- Oui ?

Elle me regardait, suspicieuse, le corps tendu dans l'attente de ma réponse. Je me rendais compte qu'elle n'était pas tranquille, son pied bloquait la porte pour m'éviter d'entrer. L'ouverture était infime, me laissant entr'apercevoir le hall derrière elle.

- Je... je viens de la part de Pierre.
Son regard changea, devenant méfiant.
- Je ne connais pas de Pierre. » Me dit-elle sévèrement.

Un doute me prit. M'étais-je trompée ? Pourtant j'étais bien à la bonne adresse. Jouait-elle la comédie ? Je devais être sur de moi. Lui soutenir le contraire pour qu'elle flanche. Dans un sursaut de lucidité, je me rappelais du bijou dans ma poche.

« Si, vous le connaissez... Tenez. Je devais vous le remettre. » dis-je d'une voix assurée.

Je sortais le médaillon de sa cachette et lui tendait. Son visage exprima de la surprise et de la peur. Mais très vite elle reprit son air impassible.
Avais-je rêvé ?
Mon c½ur battit plus vite attendant sa réponse, scrutant ses yeux, attentive à chacun de ses mouvements. Elle était tendue. Sa respiration était saccadée ; une goutte de sueur partie de sa tempe et descendit le long de son visage, seul signe apparent des ses émotions.
Elle le prit dans ses mains et le scruta sur toutes les coutures, fronçant les sourcils en signe de grande concentration, levant rapidement la tête pour planter ses yeux dans les miens. Inconsciemment, je reculais d'un pas et mis ma main sur mon c½ur. Comme une barrière pour me protéger.

« Où avez-vous eu ça ? » dit-elle durement.
« Je... il... il me l'a donné.
- Non ce n'est pas possible. » dit-elle dans un murmure.
Reposant son regard sur l'objet elle secoua sa tête comme pour effacer cette évidence.
« Venez ! »

Un mot juste un.
Un mot pour m'ordonner d'entrée. Il ne m'était impossible de la contredire. J'étais comme aimantée à elle. J'entrai, la suivant, le c½ur battant, explosant dans ma poitrine. Une peure vicérale qui me rongeait les tripes, me coupant le souffle.
Où m'étais-je embarquée ?

* Pierre, pourquoi t'ai-je écouté. *

L'intérieur était comme l'extérieur, sombre et angoissant. Pas une seule ouverture ; d'épais rideaux, cachaient le peu de lumière s'échappant des vieux volets usés par le temps. La pièce était éclairée par des bougies, maintenues sur des chandeliers, donnant à l'endroit encore plus de mystère. L'espace était grand, sans doute dû au plafond d'une hauteur vertigineuse. Un carrelage marron foncé tenait lieu de revêtement. Les murs étaient tapissés d'une sorte de moquette sombre, sans doute du rouge Bordeaux. Les meubles étaient en bois vieilli. Des commodes, d'une époque révolue que je trouvais rustiques. Partant du centre, un escalier en marbre et en demi-lune grimpait jusqu'aux étages. Il était magnifique. Peut-être le seul objet que j'appréciais dans cette entrée lugubre.
Je suivis mon hôte jusqu'à une double porte fermée. La vieille femme l'ouvrit et me laissa passer. Pas un seul mot n'avait été prononcé depuis mon entrée dans la demeure.
De nouveau je pénétrai dans un endroit vraiment particulier. Ce devait être le salon. Une cheminée au fond de la pièce dégageait de la chaleur. Presque étouffante, elle me fit suffoquer un peu plus encore. J'avais du mal à respirer.
Deux grands canapés et une chaise en rotin étaient rassemblés autour de celui-ci.
Le crépitement des flammes était la seule sonorité perçue dans cette pièce. Il n'y avait rien d'autre. Pas de meuble, pas de tapis. L'endroit était froid, austère et malgré la canicule un frisson me prit.
Des portraits se dressaient sur les murs les habillant quelque peu. Des hommes et des femmes figés dans le temps qui ne souriaient pas à croire que la joie ici, était en option.

« Asseyez-vous !

Encore un ordre... que je m'empressais d'exécuter. Nous étions à présent face à face, moi regardant le feu danser devant mes yeux, sentant son regard posé sur moi. Je n'osais pas l'affronter. Trop peureuse devant elle.

- Je vous écoute !

Elle venait de m'autoriser à parler. N'était-ce pas le bon moment pour tout lui dire ? Après tout, Pierre m'avait demandé de l'approcher, de l'aider. Était-ce si important ? Seule cette femme, en face de moi, pourrait me répondre. Je soufflais, tout en triturant mes doigts ; baissant la tête, dans une attitude de soumission. J'avais tellement peu confiance en moi.

- Je...
Je soufflais. Par où commencer ?
- Je m'appelle Suzanne et je travaille avec Pierre au Cabaret... je... j'ai assisté à son arrestation... je... je me suis cachée, c'est pour cela qu'ils ne m'ont pas trouvée...
J'avalais difficilement ma salive... une boule se formait dans ma gorge.
- Avant qu'il ne me pousse dans l'armoire, il m'a remis un paquet... avec le médaillon que vous tenez à la main.
La femme le resserra dans sa paume.
- Continuez !
Sa voix était un peu plus douce... je dirais même étrangement calme.
« Il... il m'a remis deux autres lettres aussi.
Sa tête se redressa alors que je finissais cette phrase. Déstabiliser par son regard plein d'interrogation et d'espoir... je me mis à bégayer

- Je... je... la... pre... première... let...tre...tre... mm'... était... des... desti... née.
Je m'arrêtais là incapable de continuer. J'avais de nouveau peur. Pourquoi ? Je ne comprenais pas cet espoir que je lisais en elle, pensait-elle qu'il s'en était peut-être sorti ? Cette constatation me gêna. Comment allais-je lui dire que Pierre n'était plus libre ?
La femme se leva et quitta la pièce quelques instants. Puis revint avec un verre d'eau et me le tendit.
- Buvez !
À cet instant son ordre ne me dérangea pas. Je lui obéis et avalai à grandes gorgées le liquide frais.
- Continuez !
Je repris mes esprits et lui tendis la lettre que Pierre m'avait écrite. Je ne lui parlai pas de la fermeture du Cabaret, cela n'avait aucun rapport. Et je compris que cette femme ne souhaitait pas d'explications inutiles.
- La deuxième est pour vous. "

Je lui tendis la seconde enveloppe d'une main tremblante. Elle s'empressa de la prendre et la déchira sur le côté. C'était la première fois que je la voyais perdre contenance. Ses doigts fébriles sortirent le bout de papier griffonné de l'écriture masculine et à la fois fine de Pierre. Je suivais ses yeux parcourant les lignes avec avidité. Plusieurs émotions se succédèrent dans son regard. L'anxiété ; la déception ; la peur ; la tristesse...
Les secondes s'écoulèrent... J'attendais. Mon angoisse se développant de plus en plus... Des questions me venaient me provoquant une migraine insupportable. Ma gorge était sèche et je regardais mon verre vide à présent...
Un soupir... il ne venait pas de ma propre bouche. Je relevai la tête subitement pour assister à un spectacle que je n'aurais cru voir quelques minutes auparavant. Cette femme dure et froide pleurait silencieusement. Je ne savais comment réagir, prise au dépourvu.
Elle avait donc un c½ur ?
Alors j'attendis...

« Vous souhaitez la lire ? »

Cela me surprit. Pourquoi cette femme désirait-elle que je lise la note qui lui était adressée ? La curiosité était trop forte. J'avais attendu toute la journée pour découvrir son contenue. Je la saisis et commençai ma lecture...

Françoise,

Si tu lis cette lettre cela veut dire que j'ai échoué.
Ne m'en veux pas. Je sais que tu aurais voulu que notre projet se concrétise. Qu'il se réalise.
Mais je n'ai pu le mener à bien.
Tu connais notre plan, tu sais ce qu'il te reste à faire.
Tu sais que tu pourras avoir confiance en elle, je t'en ai parlé.
Cela ne peut être qu'elle. Pas une autre.
Poourquoi ?
Je sais que tu es réticente. Tu aimerais le faire, toi. Mais non, ton visage est trop connu maintenant. Il nous faut quelqu'un de neutre, qui partage nos idées.
Quelqu'un qui passera les lignes ennemies sans éveiller de soupçon.
Quelqu'un qui protégera mon trésor plus que sa vie... et je sais qu'elle le fera si cela se produit.
Dis-lui tout. Aie confiance en elle comme j'ai eu confiance en toi.
Ne pense à rien d'autre qu'à notre mission.
Ne pense plus à moi. Je ne suis sans doute plus de ce monde à l'heure où tu lis ces lignes.
Mais tu le sais. Je n'ai pas peur de la mort. Je n'ai peur que pour lui. Mon trésor.
Courage
Vive la liberté

Pierre

Des larmes coulaient à présent sur mes joues. Je ne comprenais pas grand-chose à cette lettre, mais savoir que les dernières volontés de mon ami se trouvaient entre mes mains me bouleversait. Tellement de questions laissé sans réponse.
Quelle était cette mission ?
De quel trésor parlait-il ?
Mes yeux pleins de larmes se reportèrent sur la femme...

« Je vais le chercher. »

Elle se leva et quitta la pièce une seconde fois. J'entendis ces pas dans l'escalier.
Où allait-elle ?
Et pour chercher quoi ?
Dos à la porte je ne pouvais voir son retour.
Un silence...Puis des bruits de pas descendant de l'escalier.
Une porte qui s'ouvre.
Je n'osais me retourner. Mon c½ur battait tellement fort... mon corps tremblait...

« Suzanne, je vous présente le trésor de Pierre... »


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Aimez-vous cette suite ?
Pour ma part, j'ai apprécié l'écrire. On rentre enfin dans l'histoire.

Quel est donc ce trésor que Pierre garde si précieusement ?
Quelle est cette mission écrite dans la lettre ?
Et qui est réellement cette dame de 60 ans ?

Merci beaucoup à tous

Juju

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Liens :
Ma patate

Photo de moi : Prise dans une église

# Posté le lundi 14 avril 2008 04:32

Modifié le lundi 31 août 2009 05:57

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