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Chapitre 5 : Le tournant

Chapitre 5 : Le tournant
Le soleil était à peine levé, qu'Angie se réveillait par les quelques rayons de soleil venus lui caresser le visage. Doux réveil pour une nuit cauchemardesque, où la jeune fille avait revécu quelques moments tragiques de l'histoire qu'elle était en train de lire.
Elle se cala contre ses oreillers et essaya de comprendre pourquoi cette histoire la touchait. Elle en avait lu pourtant en grande quantité. Mais là, il s'agissait d'une personne qu'elle connaissait. il n'y avait qu'une seule Suzanne, dans tout son entourage.
Elle avait pris le parti de la détester. Alors pourquoi maintenant ressentait-elle une certaine curiosité pour cette vielle dame ? Que lui était-il arrivé pendant ces années de guerres ? Pourquoi n'en avait-elle jamais entendu parler ?

Roger ?
Ce nom-là aussi ne lui était pas inconnu. Où avait-elle bien pu l'entendre ? À la maison ? Non, elle ne s'en souvenait pas.
Alors chez sa grand-mère ?

Angie essaya de chercher dans sa mémoire, fronçant les sourcils, son index tapotant sa bouche, signes de grandes réflexions chez elle. Dans ses souvenirs, son aïeule n'avait jamais prononcé ce nom. Elle aurait pu lui poser la question mais elle ne voulait pas lui révéler son exploration interdite du grenier et la découverte du journal... Pendant quelques minutes encore, la jeune fille chercha à élucider ce mystère. Puis ne trouvant aucune réponse, se leva et se dirigea vers la cuisine. Sa grand-mère était absente ce matin- là, sans doute partie faire des courses...
Le ventre bien rempli et une pomme à la main, Angie s'en retourna sous les combles.
Elle avait une histoire à continuer.

_ _ _


Un arrêté... encore un. Nous y sommes désormais habitué.


Couvre feu au coucher du soleil :
Désormais tout passant rodant dans la nuit sera incarcéré et jugé coupable de trahison contre l'Allemagne.

Interdiction de groupement :
Désormais tout rassemblement de plus de trois personnes, sera juger coupable de résistance contre l'Allemagne.
Ils seront envoyés dans les camps de travaux forcés.

Rationnement :
Des tickets de rationnement sont mis en place. Dès 1941 du a la pénurie des denrées alimentaires.
Les tickets ne serviront pas de monnaie d'échange mais d'équitabilité des produits entre tous.


Mais le pire était à venir. Il s'était produit le 29 mai 1942...


Ordonnance du 29 mai 1942 concernant les mesures contre les Juifs

En vertu des pleins pouvoirs qui m'ont été conférés par le Führer und Oberster Befehischaber der Wehrmacht, j'ordonne ce qui suit :

Signe distinctif pour les Juifs :

I. Il est interdit aux Juifs, dès l'âge de six ans révolus, de paraître en public sans porter l'étoile juive.
II. L'étoile juive est une étoile à six pointes ayant les dimensions de la paume d'une main et les contours noirs. Elle est en tissu jaune et porte, en caractères noirs, l'inscription « Juif ». Elle devra être portée bien visiblement sur le côté gauche de la poitrine, solidement cousue sur le vêtement.


Dispositions pénales :

Les infractions à la présente ordonnance seront punies d'emprisonnement et d'amende ou d'une de ces peines. Des mesures de police, telles que l'internement dans un camp de Juifs, pourront s'ajouter ou être substituées à ces peines.

Entrée en vigueur :

L]a présente ordonnance entrera en vigueur le 7 juin 1942.

DER MILITÀRBEFEHLSHABER IN FRANKREICH.


Cela fait maintenant six mois que des hommes et des femmes sont obligés de se justifier. Rasant les mûrs sous le regard dégoûté des allemands ; changeant de trottoirs lorsqu'ils en croisaient un ; se faisant incarcérés pour n'importe quel prétexte. Un frôlement d'épaule, une absence d'étoile sur l'habit.
J'ai assisté à une de ces arrestations... La peur me prend en y repensant. Mais surtout la tristesse...
Le Cabaret n'avait pas encore fermé ses portes. Nous avions encore un emploi, même si celui-ci m'écoeurait de plus en plus. Nous procurant une certaine sécurité...
Chaque répétition se déroulait entre deux bombardements. Nous ne savions jamais à quelle heure nous allions commencer, mais toujours l'heure de notre arrêt. Le couvre-feu étant imposé pour éviter d'être repérés par le corps d'aviation allier. Au coucher du soleil, ils nous étaient interdits d'allumer les lumières extérieures, sous peine d'être pris pour cible.
Les représentations se déroulaient donc, dans l'après-midi, et nous avions quartier libre le reste du temps.
Malgré la menace qui planait constamment sur nos épaules, notre amitié au sein de la troupe n'était pas affectée. Nous nous soutenions dans les difficultés ; dans notre faim qui nous tiraillait le ventre ; [dans notre angoisse d'être arrêtés ; dans notre peine d'avoir vu partir des proches faire la guerre.
Parfois nous devions soutenir l'un des nôtres, assommé par le chagrin d'avoir perdu l'être aimé, le fils ou le frère. Nous étions présents pour sécher ses larmes ou prêter notre épaule. Souvent notre tristesse était égale, connaissant la personne autant que notre ami.

Pierre, le costumier de notre petit Cabaret était quelqu'un que j'aimais énormément.
Il était mon meilleur ami. Mais surtout ma bonne étoile... Je l'avais rencontré le premier jour de mon arrivé dans Paris. Un peu perdue, je regardais tout autour de moi, cherchant sur les façades une annonce de chambre à louer.
Je fus tirée de mes recherches par une bousculade, finissant sur les fesses par terre sur le sol dur et froid du trottoir

" Oh ! Désolez mademoiselle. Attendez je vais vous aider.

Une main masculine venait d'apparaître à ma vue. Portant mon regard un peu plus haut, je découvris un homme d'une trentaine d'années.
Il avait les traits fins, les cheveux courts et châtain très clair. Enfin c'est-ce que je crus voir car ils étaient cachés par un feutre noir. Ses yeux étaient foncés, son sourire m'avait l'air chaleureux et j'eus vite envie de lui faire confiance.
Trop rapidement me direz-vous ? Oui, peut-être mais à cette époque je la donnais très facilement. J'étais un peu trop naïve. Aujourd'hui encore je ne le regrette pas.

Il est devenu mon ami ; il m'a accueilli dans sa vie ; il m'a trouvé un logement et de quoi le payer. Grâce à lui j'ai pu vivre ma passion, devenir danseuse. Il m'a présenté à ses amis.
En me tendant la main ce jour-là, il a fait plus que de m'aider à me relever. Il m'a donné son amitié.

Ce matin il s'est passé quelque chose... Un fait s'est produit dans le Cabaret. Cet évènement a causé la fermeture de mon lieu de travail et changer ma vie.

Je me trouvais dans ma loge assise devant ma glace quand j'entendis des bruits précipités.
Des cris... La porte s'ouvrit brutalement sur un Pierre totalement paniqué. Ce n'est plus l'homme que j'avais rencontré deux ans auparavant. Il était totalement effrayé ; son visage était amaigri ; il flottait dans ses vêtements devenus trop grands pour lui. Sur le côté droit de sa veste, accrochée par une épingle à nourrisse, la marque identifiable, l'étoile jaune. Il tremblait, avait le regard fuyant, désorienté, cherchant quelque chose.

- Pierre ? Qu'est... qu'est -ce qui se passe ?

Des coups de feu.

Il referma la porte à clef et se précipita vers moi.

" vite. Je n'ai pas beaucoup de temps. Écoute-moi
- mais...
- écoute-moi !

Il avait presque crié, me tenant fermement par les épaules, encrant son regard dans le mien. Je hochai la tête rapidement signifiant que je l'écoutais. L'heure n'était plus aux interrogations. Les cris se rapprochaient de nous.

- tiens, prends ça ! Cache-le ! Tu l'ouvriras plus tard ! Va à cette adresse et donne la lettre à la vieille dame ! Vas-y et ne pose pas de questions !

Ouvrez !

es coups à la porte se firent entendre. Nous sursautions, ma respiration devenant saccadée.

Ouvrez ! Schnell !

-promets-moi Suzanne ! Promets-moi, je n'ai confiance qu'en toi !

Ouvrez !

-je... je te promets Pierre.

Je tremblais ; mon coeur s'affolait un peu plus ; ma vue se brouillait de larme ; une envie de vomir me montait à la bouche. J'avais peur pour mon ami.
Nous avons échangé un regard. Angoisse ; tristesse ; adieux et tendresse s'y lisaient. Il me caressa la joue, effaçant une larme.
Une dernière étreinte.

- cache toi !

Il me poussa dans mon armoire et rabatit le rideaux qui me cachait à leur vue. Ma gorge était sèche ; mes paupières agrandient d'effroie, ne manquaient pas une miette du drame qui se jouait à deux pas de moi.

La porte céda.
Trois hommes ; Trois militaires ; Trois allemands.
Deux l'empoignèrent.

- Pierre Cohen, vous êtes arrêtez pour crime contre l'Allemagne.


* Oh mon dieux ! non !*


Pierre venait d'être emmené par les deux gardes, menottes aux poignets. Le reverrai-je un jour ? Miraculeusement ils n'avaient pas fouillé la loge. Et ne m'avaient donc pas trouvé.
Une angoisse me prenait tandis que je me rappelais du paquet glissé à la hâte sous un foulard, quelques minutes plutôt...


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Mais qu'y a-t-il sous le foulard ?
Je vous laisse l'imaginer.
Proposez-moi quelque chose (bien que je sache ce qu'il y a en dessous ^^), voyons si votre imagination est débordante...
Je tiens à signaler que ce chapitre à été étoffé depuis sa première parution sur ce blog, mais, je n'ai pas apporté les corrections ici, elles seront par contre, sur mon roman...

Petit remerciement :
Merci à mes anciens lecteurs, et merci aux nouveaux ^^

Juju

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Les liens :
Sandra ; cette révoltée ; une nouvelle lectrice ; la petite passionné de lecture et de musique ; Ma petite Sarah

# Posté le jeudi 20 mars 2008 18:00

Modifié le lundi 31 août 2009 05:59

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