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Chapitre 2 : Un peu d'histoire

Mon cher journal

Première fois, premier dévoilement.
Je sais bien qu'en ces heures sombres, je ne devrais pas laisser de traces de mes pensées. Mais elles encombrent mon esprit. J'ai un besoin de les retranscrire, de les coucher sur le papier. Tant de terreur en dehors de ses quatre murs.
Je ne dirai pas où je vie, ni qui je suis de peur qu'il ne tombe entre les mains de personnes peu fiables. Juste mon prénom...

« Suzanne »

C'est un nom qui est courant à notre époque. Un prénom assez vieux... enfin c'est ce que je pense. je connaissais trois Suzanne, à croire que nos parents ont demandé un tir groupé.

Avant j'étais pleine de vie ; je souriais tout le temps ; j'aimais faire rire les gens qui m'entouraient. Ils étaient les spectateurs, mon public. Applaudissant mes moindres blagues ; sifflant entre leurs doigts pour m'inciter à continuer ; frappant dans leurs mains pour quelques rappels ; et battant la mesure avec leurs pieds lorsque je m'exerçais à la danse.
Avant j'aimais me balader dans les champs, courant dans les épis de blé en riant aux éclats. Souvent rattraper par mon ami Roger.
Avant il me faisait tomber, m'attrapant par la taille et nous roulions dans le foin faisant voler les quelques Oiseaux qui s'alimentaient.
Nous nous regardions dans les yeux amoureusement. Le temps s'arrêtait, le vent jouait dans mes cheveux qui allaient caresser sa joue rougie par le froid.
Avant j'aimais la pluie, douce musique à mes oreilles. Le son des gouttes venant taper le sol à plusieurs reprises. Sensation de bien-être... je fermais les yeux attendant avec une certaine impatience l'orage. J'aimais les éclairs qui déchiraient le ciel répandant, pendant la nuit, une lumière vive et claire pendant un dixième de seconde. J'avais l'impression d'être en plein jour.
J'aimais m'endormir, bercée par ces bruits de tempête qui ne me faisait nullement peur.
Avant j'appréciais le goût des oranges juteuses et fraîches. Les fruits en générale gorgés de soleil. Je n'avais pas conscience de la chance que j'avais... pouvoir tendre le bras pour cueillir une pomme adossée à son tronc, lisant un roman.
Avant j'aimais les saisons toutes si différentes et magnifiques.
L'été pour sa chaleur qui venait caresser ma peau dorée ; l'automne pour ses couleurs : le rouge, le marron et le jaune... une palette Offerte par la nature elle-même pour nous exposer sa beauté. J'aimais faire des promenades dans les chemins bordés de chênes les feuilles mortes craquant sous mes pieds ; l'hiver pour ses paysages enneigés. Le blanc signe de pureté. Le froid saisissant qui nous faisait trembler. J'aimais avoir mon nez et mes pommettes rougis par l'air gelé ; le printemps pour le renouveau ; la fleuraison ; les premiers bourgeons ; les naissances Ou la procréation ; le retour à la vie après ces courtes journées et ses longues nuits glaciales.
Avant j'avais un métier... Oh ce n'était pas la grande carrière mais je l'aimais.
J'étais danseuse et chanteuse dans un Cabaret. C'est un métier qui fait rêver le monde extérieur, notre public. Je me plaisais à faire des représentations chaque soir, devant un auditoire d'hommes et de femmes appréciant la musique et la danse. J'aimais voir dans leurs yeux de l'admiration pour notre façon de nous mouvoir avec aisance sur la scène face à eux. Mais j'enviais également leur place. Être assise et ne plus souffrir, pouvoir m'émerveiller à mon tour face à ses costumes à plumes trop lourds à porter pour ma si petite taille. Ne plus faire d'effort, souffrant à chaque mouvement imposé à mon corps. J'enviais leur naïveté.
Pensaient-ils un seul instant à la fatigue que nous accumulions à longueur de soirée ?
Savaient-ils le nombre d'heures où nous devions travailler pour arriver à un résultat parfait ?
Connaissaient-ils notre metteur en scène exigeant et tortionnaire. Perfectionniste jusqu'au bout des ongles ; colérique pour la moindre faute ; avare de compliments que nous attendions tant.
Oui l'envers du décor était bien plus dur que ce que ces personnes, assises dans leurs fauteuils bien confortables, pensaient.
Et pourtant...
Avant je faisais ce métier fatiguant et contraignant. Maintenant mon voeu le plus cher serait de revenir à cette époque...

Qu'elle époque ?
Tout simplement il y a deux ans.
Que s'est-il passé pendant ces deux ans ?
Tout simplement l'horreur... et je n'avais que 16 ans...

Je me rappellerai toujours de ce jour... le 1er septembre 1939, à 4h45, l'Allemagne venait d'envahir la Pologne. La Pologne est si loin pourtant de nous... la France.
Je me souviens encore de ces parisiens qui disaient que ce n'était rien qu'ils n'oseraient jamais franchir les frontières de notre pays... s'ils avaient su ces bandes de crétins. Peut-être n'en serions nous pas là maintenant...
Moi du haut de mes jeunes années, j'avais pris peur. Je ne sais comment l'expliquer, mais l'angoisse s'était installée en moi. Tout à coup je ne me suis plus sentie en sécurité, comprenant qu'il s'était produit un événement historique qui ne demandait qu'a prendre de l'ampleur. J'étais si proche de la réalité et pourtant si éloignée de ce qui allait se passer.
Deux jours plus tard l'Angleterre et la France déclaraient la guerre à l'Allemagne après leur avoir sommé de retirer leurs troupe de Pologne. Nous étions rentrés dans un engrenage que nous ne pourrions pas stopper. Maintenant je sais que cet homme tyrannique l'avait désirer plus que tout. Et notre nation lui avait offert sur un plateau doré...
En quelques jours le Canada et la Russie se sont ralliés à notre cause : sortir les allemands de Pologne.
Cela me dépassait. Comment avions nous pu passer de l'état euphorique de ces dernières années, à la colère et la folie d'une guerre mondial imminente. A cette époque j'exerçais toujours sur scène, le Cabaret n'avait pas encore fermé. Mais je sentais dans la salle un sentiment de révolte et de haine... les gens n'étaient plus attentif à notre spectacle. Ces même personnes qui, quelques jours avant, riaient au éclats face à l'envahisseur, se vantant qu'il ne passerait jamais. Saleté de fierté des Français. Si nous n'avions pas été aussi sûrs de nous, serions-nous dans cet état lamentable à l'heure où j'écris ces quelques lignes ?
Mais le spectacle devait continuer coûte que coûte par n'importe quel moyen « the show must go on » comme diraient les américains...
Le 29 septembre la Pologne devenait Allemande.
Pourquoi tant de facilité à envahir un pays; à le conquérir ?
Pourquoi tans de suprématie face à ce peuple qui m'est étranger ?
Leur supériorité était indiscutable et l'effet de surprise à joué en leur faveur... c'est triste, pour ce pays... je l'ai été mais maintenant je ne le suis plus.
Je suis égoïste ? Non juste que maintenant je pense à moi... à ma survie dans ce pays en guerre.
Et à ce moment précis, le 29 septembre, mon angoisse grandissait. Il avait tourné son regard vers l'ouest, vers notre terre, ma terre... vers la France.
La fin de l'année 1939, a bien été sombre. Je me rappelle des propagandes :


Lutter contre l'envahisseur !!!!
Nne devenons pas comme la Pologne !!!!
Engager vous pour défendre votre pays !!!!


Il était en marche et rien ne pourra le faire faiblir.
Le 9 avril 1940, le Danemark et la Norvège s'inclinent face à son armée. Agrandissant son territoire un peu comme César et d'autres dictateurs avant lui.
La tension se faisait plus grande à mesure que les jours passaient. Rien ne semblait l'arrêter dans sa course au pouvoir et je doutais que nous puissions repousser ce monstre avide de pouvoir.
Un mois plus tard la Hollande, la Belgique et le Luxembourg rendaient les armes. Il était tellement proche de moi, juste quelques centaines de kilomètres me séparaient de cet homme, un rapace fondant sur sa proie.
Nous les « Alliers » appréhendions la folie de cette créature. Impuissants et désarmés face à l'angoisse qui nous prenait à la gorge, pourtant bon nombre de soldats engagés se battaient avec bravoure repoussant sans cesse l'envahisseur. La fatigue et les balles, la poussière et le sang, faisaient partie intégrante de leur bataille, leur cause désespéré.

Le 10 juin, l'Italie entre en guerre contre notre pays, Il n'est plus très loin de notre capitale. La panique me submergeait, je ne savais pas ce que nous allions devenir. J'étais terrorisée.
Le 14 juin 1940, Ils sont sur Paris. En quelque mois...
Le 17 juin 1940, Pétain demande l'armistice.
Nous sommes devenus lâches face à cet envahisseur. Par peur de la mort nous avons perdu notre identité, notre liberté. Pourtant une note d'espoir raisonne dans notre c½ur patriotique. Un appel de De Gaulle, qui nous redonne confiance en l'avenir incertain qu'est le nôtre.
L'armistice fut signé à Rethondes, emblème de la fin de la première guerre mondiale, un coup de massue pour nous Français. Blessés dans notre orgueil, nous soumettant à leur supériorité. Le dos courbé et la tête basse, j'en pleure de rage encore aujourd'hui.
La France fut coupée en deux. Le sud « libre » et le nord « occupé ».
Ce fut pour moi, un moment cruel. Mon travail et ma vie était à Paris, pourtant ma famille vivait dans le sud... J'étais seule et tout me dégoûtait... surtout eux...
Un calvaire... une torture... une envie de vomir... chaque soir... pendant les représentations. Devant ses regards étrangers, je devais assurer le spectacle. Je souhaitais plus que tout qu'ils s'en aillent, les entendant rigoler entre eux. Une envie de leur cracher au visage me prenais à la gorge, une haine indescriptible remplissait mon c½ur. Je souffrais de devoir me plier aux ordres de ces monstres. Chaque jour un arrêté de plus pour nous empêcher de vivre, chaque jour des disparitions au sein de mes amis et connaissances, enlevés par les nazis, forcés de quitter leur domicile menottes aux poignets.
Qui suis-je pour faire quoique se soit ? Me révolter ? Seule ? Je n'en ai pas la force, et manque de courage.
Certains Français m'éc½uraient. Des hommes et des femmes complotaient et tournaient le dos a leur nation. Je les voyais tous, ces pourritures. Entrant dans le cercle de l'ennemi ; révélant des secrets contre leurs voisins ; devenant amis avec nos Occupants ; levant leur bras, comme eux en signe de soumission. Des lâches doublés de traître. Une race bien plus pourrie que toutes les Ordures du monde réuni. Tout ça pour se sauver eux-mêmes de la mort.
Le 27 septembre, l'Allemagne, le Japon et l'Italie signent le pacte tripartite les réunissant dans cette guerre immonde.
Une année bien sombre vient de s'écouler. La France est au plus mal gouvernée par un général favorable à ce dictateur. La faim commence à se faire sentir ; le rationnement est de plus en plus présent dans notre vie quotidienne.
À la fin de l'année 1940, Pétain est arrêté et remplacé par Flandin... un homme qui se retourne également contre la France prenant partie pour eux en collaborant.
En ce début d'année 1941, plusieurs pays rallient la cause des Alliers, l'Australie, l'Afrique du Sud. Les Espagnols quand à eux s'associent à l'Allemagne.
En fin février 1941, la faim est de plus en plus présente. L'angoisse de plus en plus destructrice.

Pourquoi j'écris tout ça ?
Pourquoi suis-je obligée de dater des évènements ?
Parce que depuis deux ans, Je subis quelque chose d'abominable, je vis dans la peur constante de me faire arrêter pour un prétexte insignifiant.
Parce que depuis deux ans, nous avons arrêté de vivre en tant qu'hommes libres et égaux ; nous ne mangeons plus à notre faim.
Parce que depuis deux ans une haine et une révolte grandit au sein de la France.
Parce que depuis deux ans, je ne dors plus.


Avant j'étais libre de penser.
Avant je riais aux éclats sans me soucier de rien.
Avant je mangeait à ma faim.
Avant je n'avais peur de rien.
Avant j'aimais les simples choses de la vie.

Et je n'avais que 16 ans...


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Je reconnais qu'il est un peu historique et peut-être assez barbant.
Mais il faut bien installer le décor et se remettre dans le contexte de ce début de guerre.
Vous faire entrer dans cette univers d'horreur par la petit porte.
Vous conter l'histoire de ses gens inconnus (bon ou mauvais) qui se sont battus pour leur cause.
Comprendre également ce qu'a ressentie Suzanne face à ces hommes qui venaient sur son territoire.
Le sentiment d'angoisse permanent qu'elle doit éprouver chaque matin en se levant.
Le dégoût de faire le métier qu'elle aimait devant ces tortionnaires.

Juju

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Chapitre 2 : Un peu d'histoire

# Posté le mercredi 06 février 2008 08:59

Modifié le lundi 31 août 2009 06:00

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