Elle hésita un moment regardant derrière elle et écoutant les bruits de la maison. Sa grand-mère devait se trouver dans la cuisine car elle l'entendait au loin, chantonnant une chanson d'Edith Piaf.
Reportant son regard sur l'escalier, elle prit une bonne inspiration et posa le pied sur la première marche. Essayant de se faire légère, pour éviter d'attirer l'attention sur elle. Priant qu'il n'y ait aucun bruit, elle se hissa silencieusement jusqu'au sommet.
Elle put enfin relâcher son souffle, comprimer dans ses poumons. Elle en avait oublié de respirer. Ses yeux se détendirent pour finalement s'ouvrir en grand, face au spectacle que lui réservait cette pièce tenue au secret.
Devant elle, on pourrait appeler ça un foutoir bien rangé. Des monticules d'affaires en tout genre s'étalaient devant elle. Elle mettrait des semaines à en fouiller les moindres recoins, elle en était certaine.
Sur sa droite se trouvait une grande commode en bois massif. Elle était amochée d'un peu partout. A différents endroits des traces d'impact étaient visibles, sans doute des coups donnés dedans, quelques fautes d'inattention de la part de sa grand-mère.
Sur le dessus était posé des piles de journaux datant d'un demi siècle en arrière. La jeune fille s'en approcha pour les examiner un peu. En effet il datait des années cinquante et la poussière masquait les articles des revues de presse, dissimulant leurs secrets à la vue d'Angie. Elle en essuya un avec sa manche qui devint vite très sale, et se contorsionna pour essayer de déchiffrer les gros titres de cette première page.
Le gros titre : les époux Rosenberg sont exécutés
Angie se frotta les mains, pleines de poussière, l'une contre l'autre, laissant son regard se porter plus loin.
À coté de l'armoire se trouvait un porte mannequin en forme de buste. Une magnifique pièce de collection en fer forgé. Elle avait toujours aimé cette mode des années d'entre deux guerres, celle des années de toutes les folies... et cette pièce de collection lui rappelait cette période qu'elle aurait tant aimé connaître. Un chapeau noir et feutré était posé dessus négligemment, quelques plumes s'en échappaient. À la base du cou se trouvait un long collier de perles finissant d'apporter une touche glamour, rappelant les années folles.
Un peu plus loin, dans un coin, une étagère débordant de disques se dressait contre le mur. Des 33, 45 et 78 tours s'amoncelaient ça et là sur les différentes rangées. Les vinyles, Rollins Stones, Mozart, Beatles, mais également « the Doors », Sylvie Vartan, les Fingers..., se disputaient l'honneur d'être écoutés. Mais ils avaient plutôt l'air d'avoir été laissés à l'abandon, oubliés depuis des années, souhaitant une renaissance, avides d'être emportés et placés dans un « mange disque » pour être de nouveau appréciés. Nostalgiques d'un passé où la K7 n'était pas encore né ; ou les gens dansaient sur du rock endiablé ; ou les hommes prenaient le temps de s'asseoir et d'écouter, bercés par des sons doux et réguliers...
Mais comme pour tous ces objets dans cette pièce, ils étaient voués à une immobilité parfaite pour encore de longues années.
Dans un angle de la pièce, adossée au mur en briques, une collection de livres pour préadolescents avait pour objectif de s'imprégner de moisissure.
Mission remportée haut la main par la « Bibliothèque Rose » en concurrence avec la « Bibliothèque Verte ».
Angie reconnut dans le lot la série du « Club des cinq » lue avec avidité pendant les vacances d'été de ses dix ans. Maintes aventures sorties de son imagination avaient été inspirées par les péripéties de ces cinq compagnons. Un petit sourire vint se dessiner sur ses lèvres au souvenir de cette pensée. Bizarrement ils étaient alignés correctement, pas un ne dépassait de sa rangée. Ils représentaient à eux seuls les points négatifs ou positifs de sa grand-mère, cela dépendait où on se plaçait. Méticuleuse, très ordonnées et obsessionnelle.
Des abat-jours ; un tapis roulé dans un coin ; des vieux cartons où résidaient différents objets inutiles mais portant une valeur sentimentale à sa ou son propriétaire.
Un peu plus loin une vieille locomotive datant du début du siècle, se dressant bien droite comme pour s'exposer fièrement face au monde. Un jouet qui avait traversé les âges sans jamais avoir été cassé. Une relique du passé qui, pensait Angie, ne méritait pas d'être entassée dans ce vieux grenier.
Elle le pris dans ses mains pour l'apporter devant l'escalier et en profita pour refermer la trappe. Enfermée dans cette bulle d'histoire d'un passé qu'elle ne connaissait pas, Angie se sentit enfin à sa place.
Dans ces recoins aux mille richesses, elle avait l'impression d'être Ali baba explorant la caverne des voleurs.
Une petite fille découvrant devant elle ses envies les plus secrètes ; assoiffée d'enregistrer les détails les plus insignifiants de cette trouvaille ; avide d'élaborer un inventaire pour n'oublier aucune de ces merveilles.
Une atmosphère feutrée et tamisée digne des vieilles bibliothèques, une odeur de renfermé et poussiéreuse. Un mystère qui plane...
La lumière de la lucarne se projetait sur les vieux meubles et laissait apparaître des poussières de particule. Elles dansaient et virevoltaient dans le rayon lumineux du soleil. L'ouverture n'était pas la seule du toit. Quelques tuiles défaites ou cassées laissaient apparaître des touches de couleurs dorées réchauffant la pièce agréablement.
Accroché à la charpente, un cerf-volant, de toutes les couleurs, ayant la forme d'un papillon. Fabriqué artisanalement, la personne qui l'avait créé y avait sans doute passé beaucoup de temps. Le dessiner puis le monter... Le résultat était magnifique et Angie se prit à rêver de le voir voler dans les courants du vent.
En dessous de la fenêtre se tenait son volant de badminton. Finalement elle n'avait pas mis une éternité comme elle l'avait pensé, son regard étant tombé dessus tout simplement.
A dire vrai, elle l'avait totalement oublié, trop absorbée par la contemplation du grenier.
S'avançant pour saisir le volant, elle cogna son pied à un coin d'une vieille malle qui était sur son passage.
Angie se frotta vigoureusement la cheville, une grimace de douleur sur le visage.
De rage contre cette pauvre grosse valise en cuir, elle donna un grand coup dedans. Sous l'impacte celle-ci s'ouvrit en grand, dévoilant à la jeune fille ses trésors enfouis. Dedans se trouvaient des chapeaux, des écharpes, de longs gants, des tuniques longues et colorées, un éventail.
Elle sortit le tout et les posa sur le côté pour voir le fond. Dissimulé sous diverses étoffes se trouvait un vieux carnet tout écorché. Elle le saisit dans ses mains, délicatement, comme si elle avait peur qu'il ne s'effeuille.
Religieusement elle l'extirpa de la malle dans un silence oppressant
Regardant derrière elle, pour s'assurer d'être seule, elle se releva, tenant fermement contre son c½ur cette merveille sortie de sa torpeur.
Qui avait-il dedans ?
Elle n'en savait rien, mais elle sentait qu'il regorgeait de secrets.
Angie se dirigea vers un fauteuil un peu défoncé et s'y assis doucement comme pour éviter qu'il ne rompe sous son poids. Celui-ci s'affaissa quelque peu mais tint bon. Elle se mit à l'aise, passant une jambe sur l'accoudoir, la laissant pendre dans le vide et l'autre repliée sous elle.
A côté du fauteuil se trouvait un vieux cheval à bascule en bois, celui avec lequel elle s'amusait petite. Refaisant le monde sur son dos ; Cavalière ou Indienne selon l'envie, elle avait passé des heures dessus. Posée sur la selle, une vieille couverture parsemée de peluches de laine. Le tissu, qui servait de contour avait pratiquement disparu. D'une couleur délavée, on pouvait imaginer qu'elle avait été rose à une époque.
Angie la saisie et la porta à son nez pour la sentir. Son odeur n'était pas celui du moisie mais cela ne sentait pas non plus le propre. La poussière et la cire, sans doute dû au cheval de bois. Un parfum qu'elle aima. Elle l'étendit sur ses jambes pour lui donner de la chaleur, et reporta son attention sur l'ouvrage posé sur l'accoudoir.
Tout doucement elle caressa la reliure abîmée du livre, hésitant à l'ouvrir. Puis avec des gestes lents elle tourna la première page.
Le livre n'était pas tapé à la machine comme tous ceux qu'elle avait dévoré depuis qu'elle savait lire. Non celui-ci était manuscrit. L'écriture était fine et régulière, très féminine, elle penchait légèrement vers la droite.
Angie commença à lire la première ligne et un sourire se dessina sur son visage.
Elle redressa la tête pour écouter les différents bruits de la maison. Un silence presque religieux régnait dans les pièces. Sa grand-mère devait être partie faire une sieste.
Elle reporta son attention sur l'ouvrage devant elle et commença à lire, le dos bien calé sur le dossier du vieux fauteuil.
J'espère que cela vous plait.
Pourquoi un grenier ?
Je dirais que je suis toujours partante pour explorer des lieux mystérieux, des passés enfouis, cachés. J'aime fouiner un peu partout. Soulever des tas pour découvrir les richesses qu'il peut y avoir en dessous.
Je suis nostalgique de ces pièces, j'y passerai des heures à les explorer.
Et puis c'est un rêve, quand on est gosse, de vouloir devenir un Goonies, pour pouvoir vivre leurs aventures... trouver une carte au trésors... ^^